2026 : L'alchimie, clef de lecture de nos songes ... un quasi livre à votre disposition!


 

 

 

 

 

 

L’alchimie, clef de lecture des songes

 

 

Gaël de Kerret

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INTRODUCTION

 

Chers lecteurs,

 

       N’attendez pas, à la lecture de ce document, des considérations sur la notion d’alchimie. Juste un petit historique à la fin. La plupart des termes dit « alchimiques » peuvent être retrouvés sur Internet que je ne me permettrai pas de redoubler car nous pourrions alors être pris de vertige devant toutes ces convictions et tous ces termes qui ont l’air de danser devant nous, semblant nous égarer.  L’alchimie le ferait-elle exprès ? Nous le verrons au cours de cet ouvrage. 

 

Mais pourquoi Léa Le Gall m’a-t-elle demandé de parler de cette alchimie au langage si curieux ? Parce qu’elle sait la proximité de celle-ci et du monde des rêves. Et qu’en dit notre maître Carl Gustav Jung ? : « J'ai vu très rapidement que la psychologie analytique se recoupait singulièrement avec l'alchimie. Les expériences des alchimistes étaient mes expériences et leur monde était à un certain sens mon monde. Pour moi cela fut naturellement une découverte idéale puisque ainsi j'avais trouvé le pendant historique de la psychologie de l'inconscient. »[1]

 

Son expérience autorisa Marie-Louise von Franz à synthétiser notre sujet : « L’alchimiste est un homme qui cherche le « mystère divin », le mystère de l’Inconscient projeté dans la matière et, dans ce sens, est alchimiste quiconque tend vers une réalisation individuelle, directe d’une expérience de l’Inconscient ».[2]

 

Nous rentrerons donc d'emblée dans cette errance de la recherche puis nous rentrerons dans l’athanor lui-même, conduit par le souffle de l’inconscient qui trace pour nous un itinéraire de libération. Jung encore : « Ce que l’on appelle exploration de l’inconscient dévoile en fait et en vérité l’antique et intemporelle voie initiatique. Seul un chevalier risquera la quête et l’aventure. Ce n’est pas mon simple « credo », mais l’expérience la plus importante et la plus décisive de ma vie : une porte latérale toute banale ouvre sur un étroit sentier à peine marqué parce que bien peu l’ont suivi, mais qui mène au secret de la métamorphose et du renouveau ».[3]

 

       En fil rouge et dans le cadre de notre Association, on se posera la question de la position de l’interprète et du rêveur, et les deux ensemble dans le même athanor.

 

       En 5ème chapitre de la Partie I, un peu d’histoire. J’ai tenu à placer cette partie en dernier lieu car si j’avais commencé par celle-ci, j’aurais activé une fonction pensée néfaste en la demeure. Cependant, cet historique a l’intérêt de nous remonter au monde des archétypes. Or archo-typos en grec veut dire « empreinte de l’Origine ».

 

       En Partie II, nous prendrons ensemble un des chemins exemplaires de l’alchimie, magnifique voyage aller-retour entre toutes sortes de couleurs et leurs ambigüités.

 


Partie I : l’œuvre alchimique

 

1) l’errance itinérante de l’alchimiste                  p.6

- Alchimie et songes

- La Pierre

- L’esprit ou l’Esprit ?

- Alors on s’égare ?

 

2) « Que dois-je faire ? Rien »                               p.12

- Le Yi King

 

3) La rencontre de l’interprète et du rêveur

    dans l’athanor                                                   p.15

- La matière à cuire est nous-mêmes

- L’athanor

- Il y a une « fermeture hermétique »

 

4) Qui sommes-nous ? Des alchimistes              p.21

-  Amplification : le caducée d’Hermès

- La multiplicatio

- L’univers

- La poiésie.

- Unus mundus par la synchronicité.

 

5) un peu d’histoire                                              p.26

- Apprendre à connaitre ce que dit Jung de l’Alchimie ?

- Apprendre à lire les traités alchimiques ?

- Les vases

 

 

Partie II : un exemple de processus,

 les couleurs de l’œuvre                                      p.32

 (les coul-œuvres ...)

 

Conclusion : l’alchimie, clef de lecture de nos rêves  p.51

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partie I

 

 

1) L’errance itinérante du rêveur alchimiste

 

« C’est pourquoi les Philosophes disent : qui n’a pas encore erré n’a pas encore commencé, et les erreurs sont les maîtres qui enseignent ce que l’on doit faire ou non. »[4] Cette errance est celle qui permet de passer les seuils d’éveil spirituel par rectification.

 

L’Alchimie est cette itinérance poétique, donc créative, en vue d’une unité de Salut et de santé sans nécessité de discours dogmatiques. Et comme tout alchimiste, Jung dira que ceci est l’individuation et la quête de la Pierre.

 

- Alchimie et songes

 

« Nous sommes de la même étoffe que les songes

Et notre vie infime est cernée de sommeil ».[5]

 

Ainsi n'attendez pas, cher lecteur, que soient exprimés des concepts et des notions, des formes extérieures et cataphatique, mais plutôt la voie royale de nos songes. C'est ainsi que l'exploration intérieure conduit au Soi qui lui-même nous met en contact avec ce que Jung appelle un « vis-à-vis incommensurable ». C’est là que ça se corse.

 

La meilleure des allusions psychiques du travail alchimique se trouve dans l’allégorie de Merlin dont je me permets de vous donner le lien plutôt que d’ajouter encore à ce document : http://betov.free.fr/PetitsPDF/merlin.pdf

 

On y conclue aisément que l'interprète est comme un alchimiste qui doit percevoir l'évolution, le temps de préparation, l'annonce du projet non encore réalisée, la petite illumination ou la grande illumination dans la personne qui est en face de lui.  De même que quand un interprète formule qu’il y a réunion du mercure lunaire féminin sur lequel rayonne le soleil, il se fait alchimiste qui travaille sur la Pierre.

 

- La Pierre

 

L’alchimie n'est pas une doctrine mais un mouvement en marche, donc naturellement une rupture d'équilibre. La première grande opération alchimique, le corbeau de la nigredo, est la réduction du sujet en materia Prima, en Pierre. C'est la dissolution de la conscience, dit Jung, c'est l'action de « délier encore », telle est l'étymologie du mot analyse. C’est à ce moment que commence le travail d’un rêveur.

 

         L’homme est Pierre, mais bien sûr une « pierre non-pierre »[6]. Michael Maier dit que la pierre qui est « pierre sans l’être », « est conçue au bains, nait dans l’air, et, devenue rouge, marche sur les eaux ».[7] Évidemment l’interprète jungien reconnaitra que marcher sur les eaux correspond à marcher sur l’inconscient sans s’y noyer et reconnaitra à Jésus qui marche sur la mer le même degré d’initiation.

 

C’est ainsi qu’il faut comprendre la pierre recueillie par Jung à Bollingen. En 1950, Jung construit lui-même une annexe à sa maison et un jour on lui apporte une pierre carrée dont les mesures avaient été mal prises. Il a pensé tout de suite à la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs » de l’Évangile. Très ému, il la garda et ciselle sur deux des faces deux maximes alchimiques dont celle-ci : « je suis orpheline, seule ; pourtant on me trouve partout. Je suis Une, mais opposée à moi-même. Je suis à la fois adolescent et vieillard. Je n’ai connu ni père ni mère, parce que l’on me tire de la profondeur comme un poisson. Ou parce que je tombe du ciel comme une pierre blanche. Je rôde par les forêts et les montagnes, mais je suis cachée au plus intime de l’homme. Je suis mortelle pour chacun et cependant la succession des temps ne me touche pas. »

 

Bien sûr, on y reconnaitra chacun de nous. Bien sûr on y reconnaitra aussi la liberté des rêves qui veulent aller ici ou là selon le souffle qui les habitent. Mais à force de tailler notre Pierre, il semble que l’esprit s’y soit condensé, dans cette pierre pourtant que l’on trouve partout – et mal taillée, je le répète –, nous suggérant que la transformation alchimique est pour tout homme de bonne volonté. La Pierre est donc le symbole du dieu intérieur, fils de l’univers, filius macrocosmi. C’est pourquoi la pierre est autant la prima materia, moi-même psychologiquement, que la Pierre en tant qu’œuvre réalisée du Soi.[8] À nouveau, ne jamais chercher la ratio en ce domaine.

 

L’unité ultime est représentée chez Jung par un mandala grâce à son centre mais en alchimie, c’est la Pierre qui est appelée fils du macrocosme, donc le microcosme central, appelée aussi Ciel chymique. Mais elle est aussi le Dragon, c'est-à-dire le serpent ouroboros. De manière cohérente par conséquent, Pernéty dit que la Pierre sort du Ciel et de la terre, ce qui est en parfait accord avec la Table d’Émeraude.

 

Oui, le travail d’un rêveur ne s’arrête jamais, par enthousiasme (en theos).

 

- L’esprit ou l’Esprit ?

 

En theos, en dieu ? Je suis donc bien obligé de parler de l’esprit de la Pierre selon Jung. Qu’est-ce que l’esprit pour Jung ? Au-delà de toutes les habitudes mentales habituelles colportées, si l’esprit est un souffle (pneuma en grec), il est donc un air en mouvement. Il est donc immatériel et c’est à ce titre qu’il n’est pas matière. Dans le livre de la Genèse, avant même que toute création ait lieu, « un vent de Dieu tournoyait » : c’est dire que ce vent est un principe archétypal qui va construire le monde en 6 jours. Surabondamment dans Genèse 2, v3, Dieu insuffle une haleine de vie dans les narines de l’homme. Dans « Les essais sur la symbolique de l’esprit », Jung ajoute qu’étant donné qu’il est dans sa nature d’être un vent, l’esprit a un caractère actif, animé qui tout à la fois vivifie et dynamise, à l’inverse de la matière inerte. Cette confrontation entre esprit et nature fait qu’il y a bien présence de l’esprit dans la matière : nous le repérons, nous, rêveurs et interprètes, soit par un bouillonnement, soit par des formes et figures régénérantes. On peut aller même jusqu’à un principe d’organisation surnaturel et métaphysique que l’on peut appeler Dieu.

 

Mais Carl Gustav Jung n’a pas su mon dilemme ! Le mot esprit en allemand est Geist, avec une majuscule comme tout substantif. Si l’on passe en langue française, nous avons deux mots qui n’ont rien à voir : esprit et Esprit. chacun y trouvera ses associations. Si j’avais écrit ce mot avec une majuscule, j’en faisais une notion théologique. Face à lui, le mot « esprit » a tant de significations limitées qu’il est plein de doutes. À mon corps défendant, j’ai fait le choix des éditions Albin Michel, mais on pourrait très bien le mettre en majuscule puisque l’esprit selon Jung est un Principe créateur.

 

Voici à ce propos un témoignage d’une alchimiste-rêveuse : « Chez les mystiques, le corps s’élève vers la divinité ; chez les alchimistes, Dieu descend dans le corps ! La mystique est une phase préalable à la réalisation alchimique : je m’élève vers Dieu pour le faire descendre dans mon ventre et le faire naître. Et pour cela, je dois avoir un « corps », un ventre ; mon corps doit exister dans mon âme : un corps fort, puissant, sensuel, sexuel et volcanique ; un corps fertile, un corps de femme (j’ai la sensation de m’accoucher !) ! »[9] Voici une admirable transfiguration de sa matière, ce qui est parfaitement confirmé par l’emblème 2 de « L’Atalante fugitive » :

 

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Je ne ferai pas l’exégèse de l’image mais il faut juste savoir en ce qui concerne notre sujet, que le titre de l’emblème est un des vers de la Table d’Émeraude : « Son père est le soleil et sa mère la lune. Le vent l’a porté dans son ventre. La terre est sa nourrice ».

 

Le vers parle de la Pierre philosophale, image de Dieu dans l’âme. Enfouie dans notre matière, elle est comme l’esprit-de-vin, c'est-à-dire l’esprit céleste dans le vin terrestre. L’alchimiste Gustav Dorn écrit : « C’est là cette admirable transmutation philosophique du corps en esprit, et de ce dernier encore au sujet de laquelle les sages nous ont laissé cette parole : rends le fixe volatil et le volatil fixe ».[10]

 

Il faut bien prendre conscience que nos interprétations de rêves ont le rôle de soupçonner la présence d’une image constellée du plérôme dans la matière, ainsi que l’alchimie l’a continuellement montré. Cet archétype divin est une véritable question scientifique car quand Einstein dit « Dieu ne joue pas aux dés » ou l’ami de Jung Wolfgang Pauli dit « Dieu est donc gaucher », l’élément numineux est donc constellé dans leur recherche comme cela l’a été pour les alchimistes. Il faut donc être bien clair sur les buts de l’alchimie : il s’agit de découvrir d’où émane ce Grand Mystère opérant dans la psyché objective de l’homme occidental. Un esprit non pas subjectif, mais objectif : les lois auxquels l’Inconscient transpersonnel obéit ont un caractère surhumain si ce n’est un crime de lèse-majesté ! C’est ce que découvre Jung à propos de l’alchimiste G. Dorn qui dit vouloir faire des mouvements de rotation à la matière pour trouver un cercle cosmique. Bien sûr, comme dit Jung, « il n’y a aucune chance pour qu’il ait réalisé cette quintessence en tant que corps chimique... on doit se demander s’il ne pense pas plutôt ... à un centre mystérieux préexistant en l’homme, qui représente en même temps un cosmos, une totalité et, ce faisant, il a conscience de figurer le Soi dans la matière. »[11] Un effet numineux sort donc de la Pierre ...

 

Cher lecteur, je suis convaincu que le labyrinthe spirituel fut un tantinet empreint de folie dans ces dernières pages, mais je ne pouvais profaner cet aspect des choses qui ont obsédé Jung et les alchimistes, et qui ressemble à un archétype frappant à la porte, même des plus athées !


 

- Alors, on s’égare ?

 

Pour ma part, j’ai listé plusieurs directions offerte à l’errant alchimique :

- le chemin par les couleurs,

- le chemin par les métaux

- le chemin par les 7 planètes

- le chemin par les 4 éléments

- le chemin par les transformations chimiques (putréfaction, humidification, sublimation[12], séparation, distillation, calcination, dissolution, coagulation).

 

- le chemin par les différents temps : l’œuvre dure 3 jours de la Passion à la Résurrection, ou 7 jours comme à la Création du monde, ou le mois philosophique de la lune, ou 40 jours du déluge (sachant que l’arche de Noé a été associée à un vase alchimique qui savait flotter sur les eaux de l’inconscient.)

 

Alors que faire ? Je me souviens d’abord de cette devise : « Ne demande jamais ton chemin à celui qui le connait, tu risquerais de ne pas t'égarer. »[13] Quand on écoute les alchimistes, il y a tant de chemins, multipliant les noms et qualificatifs de leurs opérations, mais c’est dans le seul but de nous renvoyer à nos sensations et non à l’étude intellectuelle. Dom Joseph Pernety confirme : « Les uns ont varié les noms, changé les opérations, les autres ont commencé leur livre par le milieu des opérations, les autres par la fin, celui-là a omis quelque chose, celui-ci a ajouté du superflu ... quelques Philosophes ont employé l’énigme, ...symboles et hiéroglyphes ».[14]

 

Oui, ces chemins s’éloignent les uns des autres puis se recroisent, empruntent quelquefois même le même chemin, mais il faut, quant à nous lecteurs rationnels, prendre ces différences comme un chemin personnel de la même façon que le monde du rêve emprunte un certain chemin selon ce qu’il veut dire au rêveur. « Car celui qui lit leurs livres doit apprendre à considérer la nature des choses, et non s’en remettre à la lettre ».[15]

 

Seule l'âme qui sait sa destinée va savoir reconnaître ce qui est bon pour elle. Ce sont là les vrais adeptes d'un travail alchimique. Tous les autres auront un regard esthétisant sur les images qui montrent qu’ils n’ont rien compris.

 

En seconde partie de l’ouvrage, je déroulerai un seul des processus, celui opéré par les couleurs.

 

 

2) « Que dois-je faire ? Rien »

 

         C’était la question que je posais régulièrement à ma première interprète de rêves. La question correspondait à mon éducation du « bien faire » à laquelle Simone M. répondait par le fait d’épouser ce qui devait advenir.

 

La méthode alchimique concernant la matière du rêve est surprenante : «Ainsi prépare et dispose seulement ta matière et la nature fera tout le reste. Car pourvu que la nature ne soit point empêchée, ni forcer à prendre une route opposée à son dessein, elle suivra son mouvement et sa manière d'agir tant pour concevoir que pour engendrer. Tu dois prendre garde à deux choses : premièrement à ne pas enflammer le bain en faisant un feu trop fort ; secondement à ne pas laisser exhaler l'Esprit, ton opération serait entièrement détruite. »[16] 

 

Beaucoup de sagesse est dite ici pour une séance d’interprétation : en effet, il faut être à la disposition de l’âme du rêveur plus qu’à la disposition de nos savoirs projetés ; il ne faut pas être une boule dans un jeu de quilles mais il faut aussi oser faire en sorte que l’échange fasse s’échapper l’Esprit intérieur. Laisser la nature ? Je me souviens en ce qui me concerne qu’avec ma première interprète de rêves en 1990, je lui avais demandé « alors qu’est-ce que je dois faire ? » Elle me répondit : « Rien ». On pourrait ajouter que « là où la nature s’avère défaillante, l’art y pourvoit qui est dans notre œuvre qu’un auxiliaire secourable de la nature ».[17] On pourrait associer cet état d’esprit à la phrase de Jung : « Le vrai médecin ne reste jamais dehors, il est toujours dedans ».[18]

 

 

 

 

- Le yi king.

 

... Ou « Le livre des transformations » est donc le livre de l'alchimie chinoise apporté à CG Jung par Richard Wilhelm. « La transformation, c’est l’immuable », dit ce Livre, définissant l’alchimie encore une fois. Je le fréquente assez souvent pour percevoir ce mouvement naturel des choses.

 

Évoluant d’hexagramme en hexagramme, il est la rotation du monde à laquelle nous devons adhérer. Ce livre m’a été très utile dernièrement à propos de ce document que votre serviteur est en train d’écrire. Au moment où j’étais emporté par une compilation de notes sur l’alchimie, j’ai eu ce rêve auquel je devais urgemment obéir : « On est en train de parler entre musiciens, de l’œuvre que l’un joue et ce dernier me demande s’il faut faire une cadence à la fin. Je lui dis : « tu joues à un orgue Cavaillé-Coll ? et c’est du Cintelouze ? Alors il faut uniquement faire la puissance de ce qui est écrit à la fin. » Avant de rentrer dans le rêve, il faut savoir qu’il existait un organiste du nom de Titelouze et pas Cintelouze, que les orgues romantiques Cavaillé-Coll sont d’une extrême puissance sonore et qu’une cadence, c’est faire un supplément de notes non écrites qui est la « patte » de l’organiste.

 

Alors que ce rêve a eu lieu dans un moment de forte concentration concernant cet ouvrage, le rêve m’en indiquait la puissance sonore et mon engagement personnel par une éventuelle cadence improvisée ajoutée. Mais la sagesse du rêve m’a freiné à cette époque en disant qu’il fallait jouer ce qui était écrit et pas plus, et surtout il parlait de « sainte loose ». Apeuré, je consultais immédiatement le Yi king comme Jung le faisait et par une synchronicité extraordinaire constatée par lui, je sortais ce Trait : « Dans les temps de désordre, il est tentant d’aller de l’avant avec toute la hâte possible pour réaliser quelque chose de visible. Mais cet enthousiasme mène seulement à l’insuccès tant que l’heure n’est pas venue d’agir. Dans un tel moment, il est sage de s’épargner, par une attitude de réserve. »[19]

 

Le yi king me racontait tout ce que j’étais en train de faire et qu’il me disait qu’il fallait avoir une décantation alchimique avant de reprendre le travail. J’ai donc obéi, tout arrêté, d’autant plus que j’avais le temps.

 

Au-delà de cas particulier, le Yi king a été la base de Jung pour découvrir la synchronicité et l’unus mundus des alchimistes, celui dont parlait l’alchimiste Gerhard Dorn. En effet le monde était Un, car ouvrir objectivement une page d’un livre comme je l’ai fait, était en directe relation avec une situation subjective.

 

Certains alchimistes comme Dorn ont été plus loin qu’usuellement avec cette sensation d’un unus mundus, un monde Un[20], la conscience du monde à partir duquel tout a été créé, donc notre origine d’avant même la Création. Cette instance-là est le fondement, de même que le Soi est à la base de l’individu et comprend son passé, son présent et son avenir : Jung a raconté son expérience à Nairobi, expérience du monde dans l’état de non-être. « C’est ici qu’avec une éblouissante clarté m’apparut la valeur cosmique de la conscience : ce que la nature laisse incomplet, l’Art le parfait, est-il dit en Alchimie.[21]

 

C’est ainsi que le rêveur épouse les messages oniriques qui lui arrivent dans une réceptivité toute féminine. Encore une fois, être disponible à ce qui advient.

 

 

       Ce court chapitre illustre la pause demandée dans ce travail pour l’AFO.

 

 

 

 

3) La rencontre de l’interprète et du rêveur dans l’athanor

 

                                            « Connaître au jour est un enfantillage, les mystères sont chez eux dans l'obscurité »

Vers 5030 du Faust de Goethe

 

 

- La matière à cuire est nous-mêmes

 

En premier lieu, ce qui frappe avec les alchimistes est qu’ils travaillent avec une matière. À l’inverse de l’extase religieuse propre à une certaine mystique chrétienne pour laquelle il fallait quitter son corps laissant là la matière inerte et abandonnée, l’alchimie, comme immense mouvement compensateur à la chrétienté, spiritualise la matière elle-même et la vivifie.

 

Au XXIème siècle, il y a aussi des voies dites « spirituelles » qui prétendent nous évader des difficultés vitales. Etienne Perrot, grand traducteur de Jung, commente alors : « Elles veulent nous placer dans une sérénité partielle par l’exclusion de ce qu’il y a de laid, de ce qu’il y a d’impur. Pour nous, nous acceptons la pureté et l’impureté ».[22] Ceci est la démarche alchimique par définition qui se met face à « la matière vile », la matière noire sans lumière et en vue d’une transformation. « Un évêque baisait un certain ‘membre que tous les hommes ont’. Après cela, ce membre se transformait en arrosoir qui couvrit, d’une nappe de sécrétion naturelle qui figure l’élixir alchimique, tout le sol de cette salle ». C’est par là qu’il faut commencer : oser abdiquer de sa superbe. C’est la chance qui est offerte aux rêveurs car « Un rêve est une grâce », écrit Jung.

 

On pourrait y associer le rêve de cette femme qui « s’envolait hors de son corps et sentait à son grand déplaisir une douleur qui la ramenait à terre : sa femme de ménage l’avait rappelée à sa réalité charnelle en la frappant ». Cela est confirmée par la table d’Émeraude : » Sa force est entière quand elle est convertie en terre. » Nous « faisons le ménage » dans notre propre matière.[23] Notre travail est donc une enstase (= se tenir dedans).

 

À propos de cette « incorporation », les alchimistes parlent par exemple d’eau permanente à rendre au corps. L’Aqua permanens est une eau dont Jung parle souvent comme eau de l’inconscient s’infiltrant dans la matière. L'eau dont parlent les alchimistes est une « eau qui ne mouille pas les mains » bien sûr ; mais elle a la propriété de s'écouler partout où il lui est possible de descendre et c’est là qu’il faut la suivre. Pour nous, c’est l’eau de l’inconscient. Si elle est stagnante cela sentira la pourriture : voir ce que cela signifie psychologiquement. La philosophe Françoise Bonardel retrouve un texte de l’an 900 après JC à ce propos : « Sa force est celle d’un sang spirituel, et c'est pourquoi les Philosophes dénommèrent cette eau ‘permanente’, car, broyée avec le corps que les maîtres vous ont montré, elle convertit avec l'aide de Dieu ce corps en esprit. Mêlés en effet l'un à l'autre et réduits à l'unité, il se convertissent mutuellement. Le corps incorpore l'esprit, et l'esprit en vérité convertit le corps en un esprit teint comme le sang. Et sachez que tout ce qui possède un esprit a également un sang : souvenez-vous donc toujours de cette arcane. »[24]

 

C’est dire la mise en valeur du corps comme lieu de l’esprit.

 

Comme l’écrit le poète Maurice Maeterlinck à propos du « Vase de l’Art » : « Il est bon d’avoir des laboratoires parfaitement organisés, et c’est probablement en nous-mêmes que se trouve le véritable laboratoire d’où sortent les dernières découvertes. »[25] Cette citation pose admirablement la dialectique au sein de l’Association Française d’Onirologie entre les structures organisées et les rêveurs qui en font partie. Ses « labos » sont le miroir du laboratoire intérieur alchimique de chacun des participants à qui il est dit virtuellement : « Ora, lege, lege, lege, relege, labora et invenies », Prie, lis, lis, lis et relis, travaille et tu trouveras (la Pierre).

 

 

-L’athanor

 

L'athanor et un mot arabe venant de l’hébreu ha-thamour, fournaise, car le feu est ce qui purifie les métaux utilisés par l'alchimiste pour arriver à leurs fins. Plus profondément des alchimistes faisaient de leurs expériences un miroir de ce qui se passait dans leur âme. C’est ce qui fait que l’alchimie nous concerne. Un athanor devient pour eux et pour nous le lieu de la matière vivante qui évolue, se transforme, disparait.

 

Dès que nous acceptons de passer par le feu du rêve, « nous sommes cuits » c'est-à-dire que notre matière est transformée en un nouvel état de conscience. L’athanor sera donc autant le lieu de rencontre de l’interprète et du rêveur que le corps du rêveur dans son propre four.

 

Chacun de nous est à la fois un athanor, un vase, la Pierre, le feu et l'eau. Mais Jung ajouta un niveau collectif : chaque civilisation est un athanor c'est-à-dire un réceptacle où providence et destin sont chargés de se mélanger pour nous faire « advenir à une plénitude inconnue ».

 

Oh ! surprise ! Cette attitude introvertie est en complet accord avec la science quantique actuelle pour laquelle il est impossible de séparer l’expérimentateur de l’expérience, puisqu’un atome est un corpuscule ou une onde selon la position de l’observateur. C’est parfaitement ce que pensait l’alchimiste Zozime :  le mystère qu’il cherchait à pénétrer, celui de la structure de l’univers, se trouvait en lui-même, dans son propre corps et dans cette vie des choses que nous appelons maintenant l’Inconscient. Puisque l’adepte est une partie du mystère du cosmos, on peut observer ce dernier sans intermédiaire, et ce grâce à la méditation et à l’intelligence contemplative. Jung reprend les termes du theatrum chemicum de 1602 comme quoi notre travail exige la pietas qui est connaissance soi : « La piété est une grâce tombée de la divinité qui apprend à chacun de se connaitre véritablement tel qu’il est ». Ce qui fait dire à Jung que notre voie est religieuse. Provocation ? Non, car il prend l’étymologie du mot à Cicéron qui faisait venir religion du relegere latin ce qui signifie « relire ». En ce sens, il rejoignait la maxime alchimique Lege, lege, relege et invenies : « Lis, lis, relis et tu trouveras ». Voici que nous, interprètes de rêves, nous sommes tombés en religion ! Oui, ne pas cesser de lire et relire les signes de nos songes ![26]

 

         Bref, « si on aborde l’alchimie de manière introvertie, on dira psyché, si on l’aborde de manière extravertie, on dira matière ».[27] Ce fut la même dualité en occident entre les extravertis qui voyaient l’aspect chimique des opérations et les introvertis qui en assimilèrent les aspects mystiques ou au moins pratiquaient l’imagination active sur leurs métaux, c'est-à-dire d’allier un métal à une planète et elle-même à un archétype.

 

         Continuons. Si le travail intérieur et la psychologie des profondeurs atteignent les archétypes, c’est affirmer que cette psychologie est en contact direct avec ce qui est éternel. C’est ainsi que Dom Antoine-Joseph Pernety écrit à propos de l’alchimiste : « C'est parce qu'il entretient un feu immortel et inextinguible ».[28]

 

Etienne Perrot de conclure avec un instant en langue des oiseaux : le feu est donc hathamour (hâte...amour). Mais si athan veut dire immortel en grec, on peut penser à l’athan-or alchimique. « L'athanor est donc le réceptacle de la lumière immortelle, ou, plus exactement la lumière immortelle, transformante elle-même ».[29]

 

- Il y a une « fermeture hermétique »

 

Les consommateurs savent-ils qu’il parlent d’Hermès quand ils emploient ce mot dans leur cuisine ?

 

« Ne recherche pas à parfaire rapidement ton œuvre. Veille aussi à ce que ta porte soit bien et solidement fermée pour que celui qui est à l'intérieur ne puisse s'envoler. Surtout que ton imagination soit en accord avec la nature. Vois donc selon la nature, grâce à laquelle les corps sont régénérés dans les entrailles de la terre ; et imagine au moyen de l'imagination vraie et non fantastique. Et vois de même avec quelle chaleur opérer leur cuisson, si elle est violente ou douce. »[30] C’est ainsi qu’au XIVème siècle, on parlait de l’imagination active que l’interprète devait avoir et ce, dans un lieu clos de travail.

 

Dans ce lieu, les sages feront une ronde autour d'une du centre : au niveau collectif en 2026, seule la Franc-maçonnerie répète cette mise au tombeau, cette nigredo, dans ce qu'on appelle le cabinet de réflexion lors d’une cérémonie d’initiation. En effet, on fait rentrer le candidat dans un cabinet entièrement peint en noir sur lequel est écrit la formule alchimique V.I.T.R.I.O.L (« Visite l’intérieur de la terre et tu trouveras la Pierre cachée ») que nous pouvons voir également sur la gravure en tête de cet ouvrage. Dans ce cabinet, il y a également le dessin d’un sablier avec une faux qui s’entrecroisent qui représentent la mort du temps chronos ; il y a un coq au-dessus duquel est écrit « Vigilance » : à la fois parce qu’il annonce l’aurore dont les alchimistes ont fait une langue des oiseaux en transformant aurora en aurea hora, mais aussi parce que l’on doit penser aux différents temps de cuisson alchimiques.  Sur une table, une petite lumière faible, une tête de mort, un miroir, pain, eau, et du mercure, sel et soufre. Le candidat livrera au bout d’un certain temps de méditation une sorte d’écrit testamentaire qui sera brûlé au feu alchimique et dont les cendres lui seront rendus, car les cendres sont un très bon engrais pour que croissent des végétaux plantés en terre.

 

       Pour amplifier cette mise au tombeau, que dit le manuscrit Harvey dont on voit une image ci-dessous ?: « J’ensevelirai ton corps afin qu’il puisse pourrir, croitre et engendrer d’innombrables fruits » ... « On dit qu’il s’était fait couper en morceaux jusqu’à ce qu’il soit parfaitement cuit, et pas plus, pour que ses membres se réunissent de nouveau et soient rajeunis avec force ».

      

       Notons le réglage de la cuisson juste comme il faut et pas plus, ce qui signifie pour l’interprète, une sagesse et prudence dans son travail. La chaleur du four (notre lieu de travail avec un rêveur) doit être soit celle « de la poule en train de couver », soit de la chaleur naturelle du corps, soit de « celle du soleil au printemps », soit de « celle du soleil en gémeaux » (-juin) etc.

 

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Manuscrit Harvey, splendor solis, Édit. Moleiro 2011 p.122

 

       Voici un rêve de votre serviteur réitérant cette image : Il est nécessaire que je sois coupé en deux. Cela se fait habituellement juste au-dessus du bassin et un grand couteau traverse tout et puis c’est fini, on ne voit plus rien de spécial. Devant cette perspective, je crie mon refus et pour me montrer que c’est une procédure sage, on fait venir le sage parmi les sages, J.P. H. qui me calme et j’imagine déjà avec horreur le couteau. Et puis ça se fait. Pas de problèmes bien sûr. Je suis coupé en deux à l’intérieur et rien ne se voit.

 

 

 

4) Qui sommes-nous ? Des alchimistes

 

 

- une amplification : le caducée d’Hermès

 

         Les alchimistes se réclament d’Hermès. Qui est Hermès (ou Mercure pour les latins) ? « Je suis l’œuf de nature connu seulement des Sages, lesquels engendre de moi le petit monde[31] que Dieu très bon et très grand a préparé aux hommes. Les philosophes me nomment Mercure et mon mari est l’Or philosophique. Je suis le vieux Dragon présent par toute la terre. Je suis Père et Mère, jeune et vieux, fort et faible, mort et vif, visible et invisible, dur et mou, descendant en terre et montant au ciel, très grand et très petit, très léger et très pesant. L'ordre de la Nature est souvent changé en moi en couleurs, nombre, poids et mesures. Je contiens la lumière naturelle. Je suis clair et obscur. Je sors du Ciel et de la Terre. Je suis connu et je ne suis rien, je veux dire, de stable. Toutes les couleurs reluisent en moi par les rayons du soleil, rubis solaire, terre très noble et clarifiée par laquelle tu pourras transmuer en Or, le Cuivre, le Fer, l'Étain et le Plomb ».[32] Voilà ce qu’en disent les alchimistes.

 

L’emblème des « Philosophes » (les alchimistes s’appellent aussi ainsi !) est le caducée d’Hermès. Cet Hermès qui en Alchimie a beaucoup d’autres titres, est le dieu du commerce entre le haut et le bas, pour « le haut-jeu entre les divins et les mortels » disait le poète Hölderlin au XIXème siècle. C’est dire que cette verticalité est bien l’axe central solide terre-ciel autour duquel grimpent 2 serpents qui alchimiquement étaient auparavant des serpents ouroboros, serpent à terre se dévorant lui-même. Ils s’élèvent maintenant en circumambulation autour du centre qu’est l’axe, rejoignant le casque que porte toujours Hermès, dont les ailes montrent sa proximité avec l’éther, le souffle divin etc.

 

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Cf. CG Jung Psychologie et alchimie p.418

 

Il faut noter que les 2 serpents se regardent l’un l’autre puisqu’ils ont réalisé la conjonction des contraires en eux-mêmes. Cette conjonction est à choisir par les initiés alchimistes : conjonction du masculin et féminin, du conscient et de l’inconscient, de la terre et du ciel, du soleil et de la lune, du plomb à l’or, du matériel et du spirituel, du visible à l’invisible puisque l’alchimie a ce rapport avec le divin. Comme votre âme le veut !

 

Il ne faut pas confondre ce caducée avec celui de l’Ordre des médecins qui n’a qu’un seul serpent puisqu’il ne s’occupe que de la matière.

 

Pour Jung, l’âme est l’Hermès intermédiaire entre le conscient et l’Inconscient personnel. C’est pourquoi Angelus Silesius peut dire de l’âme interface :

 

                  L’âme a deux yeux : l’un regarde le temps

L’autre se tourne vers l’éternité.[33]

 

 

- La multiplicatio

 

Quand la conjonction des serpents se fait, « Avec une cornue ouverte ou brisée », on fait venir l’or pour qu’il soit ensuite jeté sur la matière non transformée, d’où la multiplication des effets[34]. Constatons pareillement dans la thérapie l’effet apaisant d’un rêve sur l’ensemble de la psyché et du comportement corporel. Ainsi, dit Marie-Louise von Franz, « Lorsque le sujet projette ses états d’âme sur le monde extérieur et se laisse prendre naïvement par ses sentiments et ses affects, nous essayons de lui en faire prendre conscience, en l’aidant à comprendre que ce qu’il croit être la réalité extérieure est en partie un facteur personnel intérieur à lui-même. Ainsi, les projections sont peu à peu reconnues comme telles et se retirent de la chose extérieure, ce qui permet une vue objective, aussi bien du facteur psychologique que de la réalité extérieure ».[35 L’interprète de rêves ainsi que le rêveur constate alors, par cette introjection, une multiplication des effets dont pas la moindre est la détente vis-à-vis du monde extérieur.

 

 

 

- L’univers

 

Si l’âme réunit ce qui était épars, Jung dit : « Il s'agit de la réalisation de son Soi dans ce qu'il a de plus personnel et de plus rebelle à toute comparaison...Mais je constate continuellement que le processus d'individuation est confondu avec la prise de conscience du moi et que par conséquent celui-ci est identifié au Soi, d'où il résulte une désespérante confusion de concepts. Or, le Soi comprend infiniment plus qu'un simple moi (…) L'individuation n'exclut pas l'univers, elle l'inclut ».[36]

Ce qui se vise à travers l'alchimie de notre être, c'est le cosmos, un monde ordonné autour d'un centre souvent dessiné dans « Le livre rouge » de Jung. Ce centre est le Soi. À titre indicatif, le mot « cosmos » vient de kosmein grec qui veut dire « ordonner les choses pour une parure de beauté » ; de ce mot vient cosm-étiques !

 

Si l’alchimie prend ce rôle d’intégration cosmique au sein de son individuation, elle fait dire à Jung ce qu’il faut nettoyer alchimiquement : « L’individuation n’a d’autre but que de libérer le Soi, d’une part des fausses enveloppes de la persona, et d’autre part de la force suggestive des images inconscientes ».[37] Nous devenons donc un vase « cosmisé ». Quand l’Alchimie se réclame de la nature, elle inclut l’univers, donc le monde archétypal si cher à Jung : « Un archétype est quelque chose de semblable à une vieille gorge encaissée, dans laquelle les flots de la vie ont longtemps coulé. Plus ils ont creusé ce lit, plus ils ont gardé cette direction et plus il est probable qu'ils y retourneront ».[38] C’est dire la confiance de Jung en la sagesse naturelle de la Nature naturante et cela fait de lui un visionnaire. Les docteurs de la Loi ignorent que la nature est précisément la Nature.

 

- La poiésie.

 

Jung ayant rendu la vie à l’œuvre des alchimistes, Etienne Perrot se demande : « Les alchimistes ont créé des symboles non pour l’analyse psychologique, mais pour la magie elle-même. Et cela veut dire que, même s’il luttait contre cela, Jung s’était condamné à être un magicien qui acceptait de passer au-delà des frontières de la science officielle. Je pense qu’il s’en rendait compte lorsqu’il disait que seuls des poètes pouvaient le comprendre. »[39] C’est dans cet esprit que Marie-Louise von Franz a écrit son ouvrage « Alchimie et imagination active » car les mots utilisés par les alchimistes sont un déplacement mental tel que ces mots font par eux-mêmes leur œuvre de transmutation. D’ailleurs le mot ‘poésie’ vient du grec poien qui veut dire créer. C’est pourquoi les alchimistes sont des artistes pratiquant « l’Art royal ». Ils se créent eux-mêmes.

 

Plus profondément, il faut comprendre que, face à l’irruption numineuse due à la transformation intérieure, puisse advenir un langage déraisonnable choisi par les alchimistes, qu’ils ressentaient comme le plus adéquat pour dire leur entrée en mystère. Cela concerne donc le contenu de la parole des interprètes.

 

- L’unus mundus par la synchronicité.

 

Quand le Soi est actif, il produit autour de lui des évènements autour de lui. Étonnons-nous avec Federico Fellini : « Si j'ose chercher à me rappeler ce que Jung définit par le mot "synchronicité", il me semble qu'il entend par là le fait que des évènements extérieurs coïncident avec d'autres évènements, intérieurs : logiquement, nulle liaison de cause à effet entre ces évènements ; mais c'est justement le fait qu'ils soient étrangers les uns aux autres qui donne à cette coïncidence une valeur profondément significative ».[40]

 

         Par exemple, je me souviens qu’un hêtre double et sculpté depuis deux cents ans était l’emblème de mon paradis d’enfance à ce point que tous les enfants du canton allait jouer dedans dans un bonheur sans fin, car on pouvait y faire sa petite maison ou s’y balancer etc. La propriétaire est décédée et il s’est écroulé deux mois après. L’unus mundus veut dire quelque chose quand le physique et le psychique se parlent l’un à l’autre « sans savoir ». En d’autres termes, il s’agit du message par la nature même de la non-séparabilité de la matière et de l’âme.

 

Pour en rester à un autre exemple qui ne touche pas l’intime d’une personne, on peut dire que le surgissement de maître Eckhart est une synchronicité par rapport aux besoins de son siècle. Unus mundus oblige, il devait émerger quelqu’un pour rendre conscient ce qui était constellé dans le monde du XIVème siècle : la notion de sujet.

 

Mais les plus importantes synchronicités résident dans la manière dont un être pacifié répand cette paix autour de l’un ou l’autre, semblant créer des évènements concrets qui viennent ordonner une existence éventuellement chaotique. C’est la fameuse histoire du faiseur de pluie que raconte Jung. Une grande sécheresse sévit en Chine. Après que tous les religieux eurent fait des processions, on appela le « faiseur de pluie » qui répondit : « Donnez-moi une maisonnette où je ne serai pas dérangé ». Il y resta trois jours, à la suite de quoi il se met à pleuvoir considérablement. On lui demanda comment il avait fait : « Oh, je viens d’une province où tout est en ordre. Je viens dans votre province où la sécheresse règne et moi qui arrive ne suis plus en ordre maintenant. Trois jours j’ai travaillé à moi-même jusqu’à ce que j’aie atteint à nouveau le Tao ». Alchimiquement, il s’ensuit chez Jung le souvenir du « cas éternel de l’homme à succès qui est contredit par son inconscient. Cette contradiction s’exprime d’abord dans le rêve : si le sujet ne l’accepte pas, c’est à la réalité qu’incombera la mission d’imposer cette acceptation. »[41] Sécheresse et humidité !

 

 


5) Un peu d’histoire et de méthode ...

 

 

Peu importe aux alchimistes que nous sommes, les considérations historiques, et c’est pourquoi elles se placent en dernière partie afin de ne pas nous tromper sur l’alchimie : elle n’est pas un concept mais une expérience qui traverse notre matière.

 

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Extrait de l’ouvrage Splendor Solis

 

Le mot alchimie figure déjà au cœur du traité grec de Plutarque « Isis et Osiris » car il qualifiait ainsi les opérations d’embaumement égyptien transformant le mort en vue d’une déification, devenant « l’homme de lumière » de l’hermétisme. Puis il y eut rencontre entre l’esprit spéculatif de Byzance et de Grèce avec la métallurgie de Babylone et d’Égypte. Cette métallurgie poursuivit son chemin vers l’Espagne et - permettez-moi cet ajout - rencontra le spéculatif grec à Florence à la Renaissance qui vit la traduction de toute l’œuvre « égyptienne » d’Hermès trismégiste (cela manque à l’image).

 

 

- Apprendre à connaitre ce que dit Jung de l’Alchimie ?

 

Je ne peux qu’obéir au maître qui disait : « Ce n’est qu’avec Mysterium conjunctionis que ma psychologie a été définitivement placée dans la réalité et qu’elle a été reprise en sous-œuvre[42] comme un tout sur des bases historiques. »[43]

 

Barbara Hannah, amie et collaboratrice de Jung a écrit en mots simples la meilleure des biographies sur Jung. Dans « Jung, sa vie et son œuvre », elle en explique l’essence : « Les alchimistes projetaient sur elle, le non-conscient que nul ne connaissait pas à cette époque, c'est-à-dire le fait que d’un monde chaotique original, on est passé à la réalité : le monde ne connaissait plus que la réalité et ignorait tout de l’Origine essentielle des choses. Devant les cornues, il fallait donc extraire la vérité (âme) de la matière. Aujourd’hui, c’est : devenir conscient de telle situation psychologique. Mais devenir conscient de l’ombre est une autre étape, apprenant à connaitre nos émotions plutôt que d’en être les jouets. Mais cette extraction de l’âme n’est pas suffisante. Il faut remarier l’âme à son corps dans un hieros gamos. Les alchimistes utilisent de nombreuses images autres que celles d’un homme et d’une femme pour accéder au Ciel chimique, donc à la Pierre. En analyse, il s’agit d’une action d’union en soi-même de ce qui est en haut et en bas comme dirait la Table d’Émeraude. » 

 

Obéissant à Jung, il est évident qu’il faut lire en priorité Mysterium conjunctionis dans la mesure où Psychologie et alchimie est beaucoup plus précoce et n’est pas sans une intention de prouver face aux scientistes la valeur de ses intuitions. Comme on dit, l’alchimiste ne peut que suivre le « dernier Jung ».

 

Dans « Ma vie »[44], Jung est à l’écoute de ses rêves qui montrent qu’il y a une aile de sa maison qu’il ne connait pas, jusqu’à ce qu’un songe l’y fasse rentrer : « Je découvrais une bibliothèque merveilleuse provenant pour sa plus grande part du XVIème et du XVIIème siècle ... Certains d’entre eux étaient ornées de gravures sur cuivre de nature étrange, comme je n’en n’avais jamais vu. » Fasciné par ces symboles, il apprit beaucoup plus tard qu’ils étaient alchimiques. S’ensuit le rêve de 1926 que je laisse à votre lecture.

 

 

- Apprendre à lire les traités alchimiques ?

 

C’est en effet difficile. CG Jung a rassemblé des centaines de documents originaux que, supplémentairement et par synchronicité, on lui envoyait de partout. Il a appris à les lire et particulièrement à rassembler les nombreux termes associés à un seul. Il est incontestable que Jung a réveillé l’alchimie au XXème siècle et il est le seul. Il est le seul qui n’a pas été débordé par les milliers de termes qui semblaient contradictoires et qui sont un empêchement à ce que chacun plonge dans ces traités. Mais il a tant travaillé qu’il a pu synthétiser tous ces noms poétiques qui en fait voulait converger vers telle ou telle terme fondamental.

 

Quant à nous, il ne faut surtout pas s’arrêter à tel ou tel mot en essayant de le considérer tel quel comme un concept important ! Il faut prendre du recul par rapport au texte et voir en premier lieu les mouvements de transformation qui s’y passent, même si c’est entre des entités auxquelles nous ne comprenons rien. Et puis petit à petit par des reprises du thème, on commence à transférer à notre niveau ce qu’il veut dire en parlant soit de la fonte des métaux, soit du commerce des 4 éléments, soit du mouvement des couleurs etc. Petit à petit on se dit que « c’est comme dans moi ». et on a trouvé la clef de la porte ! Nous avons ouvert la porte et nous avons vu que rien n’avait disparu, c’est-à-dire que le monde des archétypes était présent en notre âme et nous ne le savions plus. Ce monde constitue l’origine éternelle de toute existence, ce monde est psychoïde, donc hors de la psyché. Il est confirmé par Michael Maier (1569-1622) qui écrit que Dieu a déposé dans la nature des secrets infiniment grands, que l’homme doit pénétrer par l’Art et l’entendement, et dont la science chimique est le secret le plus noble ».[45]

 

Notre-Dame de Paris est un recueil alchimique en lui-même. Il suffit simplement en entrant par le portait central avec son pilier lui-même central de voir la mères des Philosophes, notre Mère Alchimie :

 

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Assise sur un siège d’équerre évoquant la Pierre, elle tient deux livres, l’un est ouvert qui contient ce que nous connaissons de nous et derrière lui, il y a ce livre fermé qui est celui que les songes savent ouvrir, il est l’inconscient derrière le livre visible du conscient. L’Alchimie a les pieds sur terre et la tête mêlée aux nuages illustrant les 9 étapes alchimiques de l’échelle.

 

 

- Les vases

 

Évoquons un instant les vases alchimiques tout en évitant d’en faire une nomenclature pour bibliothèque. En effet, le vase, c’est d’abord chacun de nous, le « réceptif », la matière à transformer. D’ailleurs, ces vases sont nommés « tombeau », ce qui signifie bien la mort mutuelle de chacun des éléments pour accéder à une régénération.

 

Parmi ceux-ci, notons le « creuset » où se cuit l’âme et la matière qui est appelé à l’époque d’un terme bas-latin : le crucibulum, dans lequel on entend le phonème crux, la croix, ce qui veut tout dire de la torture que l’on faisait à la matière et à l’esprit caché en elle mais que l’alchimiste devait absolument pouvoir repérer, comme le font les interprètes de rêve dans la matière du rêve.

 

         Il y a aussi des vases doubles dont le but est de recueillir la vapeur sans la laisser s’échapper. Cela veut dire fixer le volatil, donc l’esprit sortant de la matière qui cuisait. Un rêve d’une patiente de Marie-Louise von Franz dit :

« Je rentre chez moi à la tombée de la nuit. L'entrée est vaguement éclairée et complètement vide il y a seulement un tas de pailles sur le seuil et, couchée dessus, la silhouette d'un homme d'un certain âge, vêtu comme un vagabond. Avec une profonde émotion je me rends compte que c'est le Christ. Son corps n'est pas fait de chair et de sang, mais d’un métal brûlant et brillant. Il dit « tu pourrais me rendre un service. Prends une bassine d'eau et jette la sur moi pour atténuer mon éclat. » je le fais : l'eau s'évapore en sifflant et le corps devient un métal sombre sans perdre sa mobilité ou sa vie. L'étranger sourit et dit doucement « merci. »

 

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« Ils nettoyèrent leur corps de toute impureté et ils retirèrent le nuage de leur corps naturel. » Comme dans le rêve ci-dessus, on désigne ainsi la vapeur dans la partie haute de la cornue/pélican afin de la méditer car elle n’est plus dans la chaos. Cette vapeur est une sorte d’éther, d’esprit, et le mystère divin nommé par les moines de l’époque les « nuages d’inconnaissance ». Le moine retire par ses méditations la lumière humaine, trop humaine, pour se mettre face à l’inconnaissable, le divin.

 

Bref c’est une longue, lente et patiente distillation des matières incluses dans le creuset ou les cornues alchimiques ou nos séances avec un interprète de rêves (c’est pareil) pour parvenir, de rectification en rectification, à la pierre-esprit.

 

C’est la signification de la formule alchimique VITRIOL : Acronyme de la devise alchimique : Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem : « Visite l’intérieur de la Terre et en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée ».[46]

 

 

 

         

                     

 

 

 

Partie II 

 

 

 

 

Les couleurs de l’œuvre, (ou : les coul-œuvres)

 

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La queue du paon ou l’union de toutes les couleurs comme une totalité[47]

 

Notre chemin s’inspirera principalement de « L’atalante fugitive », de Michael Maier paru en 1663. Je suivrai ce que dit le phylactère de sa gravure ci-dessous, tenu par l’aigle : « je suis noir, blanc, jaune et rouge ». Il doit dire une vérité car un aigle a une vison perçante : il voit tout ce qui se passe sur terre ![48] Pour ma part, j’oserai rajouter le vert et le violet qui sont quelquefois avancés dans le processus alchimique. Bref, le paon de l’image (cf. supra) symbolise la variation des couleurs que voyait l’alchimiste dans le vase au fur et à mesure des cuissons.

 

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L’albedo

 

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Extrait de L’Atalante fugitive de Michael Maier édit. Dervy 1997

 

« Toi qui aimes scruter les vérités cachées

Sache de cet exemple extraire tout l’utile :

Vois cette femme comme elle purge son linge

En jetant dessus de chaudes eaux.

Imite-là : ton art ne te trahira point.

L’onde lave en effet l’ordure du corps noir. »

 

L’œuvre au blanc est en route. Curieusement « L’Atalante fugitive » à dessein ne nous a pas encore parlé de l’œuvre au noir, nous empêchant de revendiquer un ordre précis de l’opération alchimique qui arrangerait l’intellect.  Peut-être avons-nous nous-mêmes accompagné un rêveur qui a été divinement blanchi et allégé par son rêve fondateur et qui pensa qu’il fallait peut-être approfondir « tout ça », car l’albedo est le premier degré de la réalisation de la conscience. Il commencera donc son travail avec joie et c’est après seulement qu’il verra son noir. Soyons à la disposition des mouvements de l’âme qui souhaitent commencer soit par le blanc, soit par le noir. L’alchimiste est libre de toute dogmatique, comme Jung, qui prévenait de tout diagnostic trop rapide.

 

Pour le moment savourons que les linges, symboliques de la personne qui transforment sa personnalité, soient blanchis. Que cela fait du bien, ce nettoyage !

 

La nigredo

 

         Associée à Saturne comme planète noire et le plomb comme métal médiocre, ce moment me fait souvenance du rêve d’une femme qui « voulait se rendre à Messine. Elle arrivait à une gare où elle lisait un panneau portant ces mots : Le Simplon est ouvert. » Cela donna lieu à des échanges d’associations avec la rêveuse car Messine pouvait autant dire la « Messe in », la Messe dedans soi, avec ce qu’elle implique de transsubstantiation que messis latin qui veut dire moisson. Évidemment, l’expression rappelait à tous les deux la parole alchimique de Jésus : « Si le grain de blé qui tombe ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte des fruits en abondance ».[49] Tout est dit là de la transformation alchimique assignée à la rêveuse. Et pour cela, le Simplon était ouvert, par la langue des oiseaux alchimistes, le « saint plomb » était ouvert, il n’était plus masse fermée. On pouvait le pénétrer pour le dissoudre petit à petit.

 

Car il s’agit pour chacun d’un lâcher-prise à propos de « ce que l’on croyait vrai » alors que pourtant on commence des séances avec un interprète, notre âme ayant témoigné par là d’un malaise psychique, si ce n’est corporel.

 

         Abordons cette nigredo dans L’Atalante fugitive. J’aurais pu vous montrer son emblème 28 où on voit le vieux roi cuire dans un athanor. C’est un thème célèbre déjà commenté plusieurs fois. J’ai plutôt choisi l’emblème ci-dessous pour la raison qu’elle concerne la psychologie des profondeurs tant elle est subtile.

 

 

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50]

 

« La flamme, ce dragon qui tout dévore, brûle

D’altérer la beauté charmante de la vierge.

Elle est baignée de pleurs, quand un homme la voit,

Court à l’infortunée en lui offrant son aide ;

Lui tendant son écu, il marche à l’ennemi

Et lui enseigne à mépriser de tels assauts. »

 

Au premier regard, on se dit que le chevalier va défendre la vierge esseulée des menaces du feu. On pourrait aller jusqu’à dire que l’homme courageux protège son anima des flammes. Pourtant une lecture tout autre peut être faite : le geste de la femme est en effet très ambigu. En plaçant sa main droite contre la cotte de maille du chevalier, elle semble le pousser vers les flammes et son bras gauche est comme une exhortation. De ce fait, le chevalier serait le ‘moi’ et la femme son inconscient placé forcément à l’arrière-plan. En d’autres termes, l’inconscient pousse le moi à entrer dans le feu de l’inconscient pour y être brûlé jusqu’aux cendres. Nous retrouvons ici un maître mot de la psychologie de Jung : non pas sortir, mais passer à travers. Dans le Yi king, « il faut traverser les grandes eaux » ... de l’inconscient. L’anima de l’image ne veut pas le faire échapper au feu, à ses ombres, à ce qu’il ne connait pas.

 

         Continuons avec l’emblème 33 :

 

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Cet être bicéphale au sexe double, image

Funèbre, a cet aspect quand l’humide lui manque.

Caché dans la nuit sombre, il réclame du feu.

Si tu lui en fournis, il revit aussitôt.

Le feu détient toute la force de la Pierre,

L’or et l’argent, celles du soufre et du mercure.

 

 

On remarquera le paysage nocturne et desséché. La nigredo apparait à cet emblème (est-ce volontaire : l’âge de la mort du Christ ?) et l’hermaphrodite réclame eau et feu, ce que l’albedo lui donnera (cf.supra). Le feu se passe dans un sorte de creux un peu comme un athanor. Il y a, de chaque côté des coudes, deux petites pierres qui sont doute destinées à être réunies un jour, pour une conjonction des opposées. Ce que nous poursuivons est une réalisation de la nature, définition même de l’œuvre de transformation des métaux. Cet hermaphrodite a heureusement accepté d’épouser la nuit, en témoigne la présence de la lune. Pourtant c’est ce Rébis que Jung trouve monstrueux.[51] Il le trouve difforme, expliquant cette difformité comme un moment intermédiaire dans la conjonction qui ne peut être une fusion (transférentielle ?) comme dans cet emblème.

 

Cette conjonction du conscient et de l’inconscient est aussi présente dans l’emblème suivant :

 

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Manuscrit Harley 3469 Splendor solis édit. Moleiro 2011 p.116

 

Un jeune roi vêtu somptueusement mais aux vêtements trop grands pour lui, porte une triple couronne d’or, d’argent et de fer (= soleil, lune, Mars). Il est sous l’étoile du matin et le soleil. À droite, des marécages sous une pluie battante montre le vieux roi : le ‘moi’ veut échapper au naufrage en nageant et en appelant par ses mains au ciel. « Je nage complètement » dirions-nous nous-mêmes ... dans les eaux de l’Inconscient.

 

L’emblème 16 :

 

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Le lion sait combattre sans peur et déguiser sa fuite.

Tu placeras sous lui une lionne ailée

Qui vole, et dans son vol veut emporter le mâle.

Mais lui se tient à terre immobile et l’arrête.

                           Par cette image, apprends le chemin de nature.

 

Notre travail intérieur vise à une unité que suggère cette image. L’esprit ne doit pas s’évader du corps, l’ascension au 7ème ciel n’est pas notre réalisation. Le corps – le lion non ailé – doit retenir l’Esprit – le lion ailé. Autrement dit, le fixe doit fixer le volatil. De manière jungienne « le moi conscient ne doit pas demeuré fasciné par les archétypes de l’inconscient, mais il doit les intégrer. »[52]

 

 

La viriditas

 

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Les vieux récits font de Rébis un être double :

Androgyne, mâle et femelle en un seul corps.

Il est né sur le double mont, Hermaphrodite

À Mercure enfanté par l’auguste Vénus.

Ne le méprise pas pour son sexe ambigu :

Cet homme-femme un jour te donnera le roi.

 

Vénus eut un certain nombre d’enfants issus des contraires (Vénus-Mars eut une fille nommée Harmonie et deux garçons, Deimos (la crainte) et Phobos (la phobie), ou aussi Éros et Antéros (= contre-amour). Pour Michael Maier, Vénus s’est alliée pour nous avec Hermès (que l’on voit avec son casque ailé) qui ont fait un enfant nommé Hermaphrodite (= Hermès-Aphrodite). Le commentaire dit qu’il faut chercher la patrie du rébis et nous fait remarquer que l’image comporte une montagne de chaque côté et pour chacun des deux. L’hermaphrodite par sa position corporelle, fait le pont. Mercure est le vert végétal, nommé aussi leo viridis le lion vert ; il est la viriditas parce que fils du macrocosme. D’où le décor majoritairement végétal parce qu’il y a une puissance germinale de la part de Vénus... qui concerne le rêveur. Pourquoi tant de prudence ?  Sans doute parce que la vie concrète n’est pas fusion d’androgyne. Le bien se mêle au mal, les intérêts se confrontent. Il n’a jamais été dit que nous devions dans le métier d’interprètes proposer le ciel. Dans « Les essais sur la symbolique de l’esprit »[53], Jung nous démontre combien Hermès/Mercure est ambigu, autant Lumière de la nature qu’un dieu des voleurs et menteur.

 

Le métal correspondant est le cuivre, « or vulgaire » qui a les couleurs de l’or mais il y a corrosion quand on ne s’en occupe pas et le VERT-de-gris apparait.

 

Concernant cette viriditas, cela me fait souvenance d’un de mes rêveurs : « J’arrive à une porte de maison et un homme qui ressemble à Jésus ose rentrer. Je le suis. Il fait naître des choses à l'intérieur. Par exemple, il porte des fleurs sur sa tête. Un vieux dit : « c'est l'alchimie » ; et moi je suis dans la pièce, content d'y être car elle était auparavant toujours fermée. » Voici un rêveur au moment de la viridité de l’œuvre.

On trouvera d’autres expériences au vert dans le serpent ouroboros qui devient vert foncé quand il est dissous par fermentation.[54] Le lion vert est aussi la matière dissoute par fermentation pour d’autres auteurs, parce que l’humide pénètre la matière. Cela veut dire, pour un interprète de rêves, l’eau de l’inconscient pénétrant dans la conscience.

 

 

La citrinitas

 

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Le ciel compte un oiseau, de tous le plus hardi,

Dont tu chercheras l’œuf, n’ayant pas d’autre soin.
Le mol blanc entoure le jaune. Avec prudence,

Touche-le d’une épée de flamme (c’est l’usage)

Mars doit venir en aide à Vulcain ; il va naitre

Un oiselet vainqueur et du fer et du feu.

 

 

C’est une très importante image en ce qui concernent les interprètes. On y voit un damier blanc-gris qui n’est pas sans rappeler toute sorte de dualités. Cette dualité se voit aussi sur la maison de droite avec ses deux cercles et deux fenêtres carrées. Au fond de l’image, s’ouvre dans le mur à gauche (à gauche naturellement !) un long couloir avec une immense perspective vers l’autre côté, un immeuble et une église. Comme ce couloir se trouve dans l’axe de l’œuf, c‘est dire que celui-ci est concerné dans ce retour au monde extérieur. La partie gauche de la gravure est le feu alchimique (à gauche encore...).

Le titre en haut dit : « Prends l’œuf et frappe-le avec le glaive de feu. » Mais si l’œuf représente le rêveur dans son travail, qui est le légionnaire sans casque ? Il est l’interprète qui, ayant chauffé son épée au feu de l’Inconscient, va couper l’œuf pour en faire sortir d’abord le blanc, ensuite le jaune soleil et enfin le germe de l’œuf. Une épée va donc couper l’œuf jusqu’à son fond. Il n’est pas question pour le thérapeute de rester à la superficie bienveillante et morale ou de proposer des techniques de bien-être. L’analysant-alchimiste tient l’épée et il sait qu’il va blesser et guérir. Mais soyons clairs : nous aurons la capacité de faire surgir les énergies explosives du jaune, seulement dans la mesure où nous-mêmes sommes passés par le feu, c’est une affaire de poids et de présence pour réussir le maniement du glaive (igneo gladio). Voici ce que les alchimistes en disent : si le « feu externe », donc celui de l’interprète, est doux, « cela vient de ce que les vertus et les esprits vitaux qui sont tendrement enveloppés dans le centre même de l’œuf, se développent aisément à la douce impression de la chaleur qui leur est naturelle, et périssent s’ils sont exposés à l’action violente du feu extérieur ».[55] C’est dire avec une grande poésie que l’interprète doit extraire ce qui est déjà dans le rêveur, à son rythme et non pas au rythme de l’interprète. L’alchimiste exige en premier de l’interprète qu’il prenne conscience du germe de l’œuf et des « esprits vitaux » en face de lui.

 

Pour le rêveur qui est l’œuf, cela réclame le don de lui-même. L’œuf est une image du centre. Coquille, blanc et jaune sont : le corps, l’âme et l’esprit, ou, la terre, l’eau et le feu. La coquille est le conscient qui enferme les opposés blanc et jaune, femelle et mâle, lune et soleil.

 

Et tout doit se transformer en... « volatile ». Car tout le monde sait qu’un œuf contient ce germe, petit point quasi invisible qui pourtant sait se nourrir du blanc et du jaune pour devenir plus tard un poussin doré (pallaster dans le texte de Maier ci-dessus). On remarquera que poussin, poule ou coq ont été choisis parce qu’ils ne volent pas, représentant donc le volatil fixé.

 

Ce germe est le Soi. L’alchimie nous enseigne qu’on le possède déjà dans nos entrailles. C’est pour les mystiques le iod principiel. CG Jung l’appelle « point du soleil, rouge au milieu de l’œuf ».[56] D’où il appert que l’œuvre au jaune est un prélude à la rubedo ... Même si, encore une fois, Michael Maier mélange tous les moments de l’œuvre pour que jamais il ne puisse se faire un modèle conceptuel « humain, trop humain ».

 

Le manuscrit Harvey[57] dit aussi ceci : « Les Philosophes décrivent un œuf en lequel quatre choses sont unies. La première est la plus extérieure est la coquille (la terre) et le blanc est l'eau. Mais la peau qui se trouve entre le blanc et la coquille est l'air, lequel sépare la terre de l'eau. Le jaune est le feu ... La cinquième chose se trouve au milieu du jaune, ou naît et grandit le jeune poussin. Aussi l'offre contient-il toutes les forces et la matière à partir de laquelle la nature parfaite est créée, et il en sera également ainsi dans ce noble art ». On remarquera ici deux choses. La première est qu’au bout des quatre éléments se trouve la quintessence. La seconde concerne notre travail sur les rêves : c’est dans les rêves que nous devons trouver ces différentes couleurs que nous devons relever, amplifier jusqu’à leur quintessence. Et comme nous ne sommes pas dans du comportementalisme, il est important de voir dans un rêve « la 5ème chose » dont au 18ème siècle le mystique Angelus Silesius dit :

 

Mon corps est une coquille à l'intérieur de laquelle un poussin                 attend d'être couvé par l'esprit de l'éternité.[58]

 

Cet auteur établit une dialectique entre le sujet qui porte le poussin et la grâce de l’esprit. C'est une hiérogamie à laquelle participent l'homme et Dieu à part égale puisque le sujet a déjà le poussin en lui. Il est fondamental de comprendre ce dernier détail car cela signifie que l’âme est dès sa naissance capax dei, capable du Soi.

 

Mais l’œuvre n’est pas terminée, en témoigne une femme qui a fait ce rêve il y a déjà un certain temps :

 

1er rêve de la nuit :« Je suis une prêtresse devant un autel. Un gros œuf en albâtre (mais je sais qu'il est aussi en Or) descend lentement du ciel dans mes mains -sur lesquels il exerce une forte attraction- et en même temps droit sur le centre de l'hôtel où il se pose comme sur un socle. Pendant la descente je m'entends dire « Carl » puis « Regis ».

Puis, mes mains toujours rivées de part et d'autre de l'œuf (grosso modo de la taille d'une tête), je suis mue par ce dernier et me retrouve à l'horizontale tournant autour comme centrifugée par sa propre rotation axiale, lentement, juste au-dessus de l’autel. Je sais alors que c'est de l'imagination active.

Second rêve de la nuit : « Je vois 2 dauphins qui jouent dans la mer autour d'un rocher.

 

En se réveillant elle pense tout de suite à la très courte mélodie du compositeur Maurice Ravel :

Dauphins, vous jouez dans la mer

Mais le flot est toujours amer

Parfois ma joie éclate-t-elle ?

La vie est encore cruelle !

 

 

La rubedo

 

En poussant le feu avec des soufflets on obtient l'or hermétique couleur pourpre sang et vin. Cet or est appelé aussi Pierre philosophale, ce qui montre que l’on n’est pas dans la chimie comme science extravertie. L’or est ce quelque chose de divin qui est dans la matière et que l’on extrait en cuisant. En poussant le feu, on a donc obtenu cet or « couleur pourpre sang et vin ». Loin d’être une quantité, il est une qualité « essencifiée ».  Au niveau de l’imagination active, cet or est le dynamisme de l’archétype du Soi. Ainsi l’activité du Soi doit être vue comme influençant notre vie concrète. Si l’interprète de rêves ressent que le Soi indique qu’il faut faire telle ou telle chose, c’est qu’il faut que cela passe dans le corps de la vie concrète.

 

L’ouvrage « Le Rosaire du philosophe » a été choisi pour conclure ces couleurs par ces noces sacrées, ce hieros gamos :

 

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On y voit la réunion des contraires se faire sous les auspices de la lune et du soleil. La colombe qui les réunit fait penser à l’esprit : il est la spiratio[59] commune du Père et du Fils. Il est porté par les airs – car il ne faut pas oublier qu’en grec pneuma veut dire à la fois souffle et esprit – et accompagné de l’étoile à 6 branches ; il ajoute sa branche végétale à celles du roi et de la reine.

 

Cette étoile est à 6 branches comme les 6 jours de la création du monde dans la Genèse. Et Jung de dire que nous avons d’abord à apprendre de ce qui se passe pendant chacun de ces jours. Elle peut aussi -et peut-être a fortiori – désigner les 6 directions de la croix. En effet Jung a prévenu de l’inflation psychique possible par l’or « multiplié ». Cette image de l’individuation est donc interprétée comme un dialogue entre le moi et son âme toujours réitéré comme l’opus alchimique lui-même. l’œuvre au rouge n’est donc pas une fin ! C’est très clair dans cette image que nous propose Jung dans « Psychologie et alchimie » p.422.  La traduction donnée à l’intérieur de l’image se suffit à elle-même :

 

 

Souhaitons que notre instinct nous guide qui ne verra pas le Soi psychoïde comme une fin et que d’autres errances du rêveur découvriront l’au-delà d’une anthroposophie que portent trop souvent les « interprétations ».

 

 

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 Cette autre image du Rosaire utilise la même gestique mais on remarquera que la Fontaine d’eau éternelle (aqua permanens, voir en Partie I) a remplacé le soleil et la lune. Par ailleurs, cette Fontaine de pierre a une forme d’hexagone, encore le nombre 6, qui, comme tout hexagone peut s’inscrire dans un cercle mais n’arrive pas à s’y assimiler. Il a remplacé l’étoile à 6 branches de l’image précédente et comporte donc le même message d’imperfection car nous ne sommes pas dans un cercle parfait. L’or alchimique est encore une projection. Cette eau de l’Inconscient dans lequel le roi et la reine baignent, est révélatrice de l’aspect provisoire de l’opus alchimique.

 

En matière de vie de couple, tous les rêveurs vivent attraction et inimitié mais le lien peut se troubler et on doit entretenir l’animus et l’anima et c’est pourquoi il est très difficile d’entretenir un « feu doux qui ne brûle pas le roi et la reine ». Certes l’enjeu est largement supérieur à une entente de couple, mais les crises conjugales révèlent les forces de l’Inconscient qui veulent se manifester pour réitérer l’équilibre de l’image.

 

Pourquoi réitérer ces solve et coagula ? Et qui est ce et ? Le et est notre âme qui se soumet à sa destinée. Plus tranchante encore serait l’éventualité que tout songe cachant ce qu’il feint de montrer, « renvoie en fait le lecteur à l’obligation de devenir le lieu d’où toute forme aurait d’abord à s’immerger, s’inverser dans le bain, l’eau mercurielle où elle subirait la décantation. »[60] Ainsi le travail d’un rêveur ne s’arrête jamais.

 

Curieusement, cette image peut dire aussi le lien entre un interprète qui suit quelqu’un dans un processus d’individuation pendant 10 ans pouvant aboutir au mariage mystique ci-dessus. C’est pourquoi Jung demandait qu’on lise d’abord « Psychologie et alchimie » pour comprendre « Psychologie du transfert ».[61]Cette union est un processus d’individuation mutuel qui survient à la fois chez l’interprète et le rêveur. Il est facile de parler de transfert, il est plus difficile d’éviter de s’y enfermer. Comme dit plusieurs fois Jung, « il faut que le moi soit solide », la pire hypothèse en la matière est « de faire n’importe quoi, même ce qu’il y a de plus absurde, pour échapper à son âme ».[62] 

 

 

 

Le violet ou rouge adouci

 

Il est toujours apparu aux alchimistes que le rouge était certes la dernière couleur de l’œuvre mais était trop forte comme en témoigne la volonté de douceur du feu demandée ci-dessus. La Pierre est donc violette, du mélange du rouge masculin et du bleu féminin. Quant à l’Église catholique, elle réserve le violet aux habits d’évêques et elle a choisi le grenat comme lumière posée à côté du tabernacle.

 

Dans la gravure ci-dessous, l’alchimiste qui dit dans son phylactère qu’il faut travailler les 4 éléments a un habit rouge qui est couvert dorénavant du violet. Le sage tient un flacon contenant un liquide doré et ce, de sa main gauche. L’aspect orangé derrière est une allusion au traité « Aurora Consurgens », « Le lever de l’aurore » étudié très profondément par Marie-Louise von Franz.[63]

 

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Manuscrit Harley 3469 Splendor solis édit. Moleiro 2011 p.107

        

Nombre de traités alchimiques finissaient leur écrits par Deo concedente, si Dieu veut. Jung a souvent utilisé cette locution dans ses écrits comme une humilité remarquable, comme l’est celle de l’interprète devant les nombreux mots des rêves qui le place lui-même à la fois comme alchimiste mais comme matière qui elle-même doit se transformer à l’écoute de la parole divine qu’est un rêve.

 

                                                                                Deo concedente

 

 

Conclusion : l’alchimie, clef de lecture de nos rêves

 

 

En fait nous ne recherchons pas l’alchimie, c’est elle qui vient nous trouver dans les rêves car elle nous conduit vers l'homme de lumière, celui qui adhère aux symboles et archétypes dans le silence où s'opèrent les noces chimiques transformantes.

 

Elle s’occupe des processus de transformation, ce qui est le même but que l’interprète de rêves. Les alchimistes travaillaient pour « achever ce qui était encore imparfait dans la nature », ce qui est aussi une philosophie de l’onirologue.

 

Nous lui faisons confiance pour qu’elle y fasse son travail. Un rêve : « je parlais de quelqu’un à qui l’alchimie propose une tâche très difficile où l’on ne peut compter que sur les ressources du Ciel. J’y disais ceci : ‘Après tout, elle n’a qu’à se démerder ! »[64] J’entends dans ce rêve que l’alchimie doit faire l’œuvre de se dé-merder, c'est-à-dire d’extraire ce qu’il faut de la matière fécale et vile afin de la transformer en matière de lumière.

 

De même c’est à l'interprète de saisir l'arme cachée dans le rêve, le fil de lumière qui traîne dans son chaos, comme la lumière anthracite du corbeau sans aile.

 

En revanche, je fais la constatation personnelle que nos dialogues alchimiques, par exemple dans le cadre des clubs de l’AFO se déroulent dans un espace et un temps sacrés. Tout parait y être gouverné par une Puissance présente entre nous mais située dans un au-delà ou un plus vaste que nous. Elle se plait à jouer avec nous pour nous attirer là où Elle veut, afin que nos vies concrètes soient finalement conduites par ses lois à Elle. C’est ce que la psychologie des profondeurs appellent faire passer l’inconscient dans le conscient et l’alchimie, rendre l’invisible, visible.

 

                                            Gaël de Kerret  gkerret@sfr.fr



[1] CG Jung ma vie, édit. Gallimard 1973 p.239

[2] Marie-Louise von Franz Aurora consurgens édit. La Fontaine de Pierre 1982 p.159

[3] Le divin dans l’homme, lettre du 30/1/1934, édit. Albin Michel 1999 p. 24

[4] Michael Maier L’Atalante fugitive édit. Dervy 1997 p.122

[5] W. Shakespeare La Tempête acte IV scène 1 v.156, édit. bilingue Flammarion de poche 1991 p.225  

[6] CG Jung Mysterium conjunctionis vol.2, édit. Albin Michel 1982 p.341

[7] Michael Maier L’Atalante fugitive édit. Dervy 1997 p.58

[8] Voir à ce propos ce qui est dit du poussin dans l’œuf, au chapitre sur les couleurs.

[9] Etienne Perrot Mystique de la terre édit. La Fontaine de Pierre 2002 p.185

[10] CG Jung Mysterium conjunctionis vol.2, édit. Albin Michel 1982 p.276

[11] CG Jung Mysterium conjunctionis vol.2, édit. Albin Michel 1982 p.335

[12] Une chose qui, de corrompue, devient digne et élevée. Elle suppose la dissolution première. L’Esprit se coagule par la même opération.

[13] Le rabbin Nahman de Bratslav

[14] Dictionnaire mytho-hermétique (1758)

[15] Theatrum chemicum

[16] Le livre d’Artéphius

[17] La correction des insensés (XIIème siècle)

[18] Psychologie du transfert

[19] Yi King édit. Librairie de Médicis 2002 p.292. Cette version est le yi King apporté à Jung par R. Wilhelm et traduit par Etienne Perrot

[20] CG Jung Mysterium conjunctionis T 2, édit Albin Michel 1982 p.337ss

[21] Je me suis inspiré ici très clairement du livre de Barbara Hanna Jung, sa vie et son œuvre, édit. La Fontaine de Pierre 2005 p.381ss

[22] Etienne Perrot, La consolation d’Isaïe, édit. La Fontaine de Pierre 1982 p.233

[23] C’est alors que Jung amplifia cette unité vers la triade Esprit-âme-corps et qu’il reconnut dans le dogme de l’Assomption une présence du corps puisque le principe féminin était attribué au corps. L’Église a construit ce dogme en dehors de toute référence scripturaire, mais l’alchimie comme union du corps et de l’Esprit y a été gagnante. C’est certainement une signification très importante de l’alchimie qui fait du corps le lieu du travail et le lieu des guérisons. La matière contient le Soi, sinon elle n’existe pas.

[24] L’assemblée des Philosophes, in Françoise Bonardel Philosopher par le feu édit. du seuil 1995 p.236

[25] M. Maeterlinck Le Grand Secret édit. Fasquelle 1850 p.287

[26] On laissera donc tomber l’étymologie de saint Augustin qui faisait religion du religare latin dont le phonème est pourtant si loin et qui a donné légation, délégation, relégation mais ne pouvait pas donner religion !

[27] Marie-Louise Von Franz Alchimie et imagination active édit Jacqueline Renard 1989 p.17

[28] Cité par Étienne Perrot, La voie de la transformation, Édit. La Fontaine de Pierre 1980 p.247

[29] idem

[30] Le Rosaire des Philosophes

[31] Le microcosme

[32] Basile Valentin l’Azoth ou le moyen de faire l’Or caché des Philosophes, in Salmon t3 p.165

[33] Op. cité p.127

[34] « avec l’effet de semence, de l’or même il pourra faire de l’or » les trois Livres (1515)

[35] Marie-Louise Von Franz Alchimie et imagination active édit Jacqueline Renard 1989 p.112

[36] Les racines de la conscience, édit. Buchet/Chastel

[37] CG Jung Dialectique du moi et de l’inconscient édit. Gallimard 1964 p.113

[38] CG Jung Aspects du drame contemporain édit. Georg 1971 p.84

[39] Etienne Perrot CG Jung et la voie des profondeurs édit. La Fontaine de Pierre 1980 p.108

[40] Federico Fellini, Fellini par Fellini. Entretiens avec Giovanni Grazzini, édit. Calmann-Lévy, 1984, p. 16-17

[41] In extenso : CG Jung L’Homme à la découverte de son âme, édit. Albin Michel 1987 p.303 ss

[42] En technique du bâtiment que Jung connaissait, il s’agit de remplace les fondations d’un ouvrage

[43] CG Jung Ma vie édit. Gallimard 1973 p.258

[44] Op.cité p.235

[45] Votre serviteur ajoute que le mot « noble » vient de gnobilis latin qui veut dire capable de gnose, donc de la Connaissance. « L’homme noble » est donc l’homme qui est dans la connaissance de l’Univers.

[46] Voir CG Jung Psychologie et alchimie, édit. Buchet/Chastel p.294

[47] Manuscrit Harley 3469 Splendor solis édit. Moleiro 2011 p.136

[48] Y compris un corbeau sans aile, à la couleur noire anthracite, donc un noir brillant qui signifie la lumière dans les ténèbres.

[49] Jean 12,24, traduction de la TOB

[50] Op. cité p.175

[51] CG Jung Psychologie du transfert édit. Albin Michel 1980 p. 188

[52] Etienne Perrot, La voie de la transformation, édit. La Fontaine de Pierre 1980 p.185

[53] Édit. Albin Michel 1991, le 1er chapitre

[54] Marcellin Berthelot collection des anciens (1888)

[55] Le règne de saturne changé en siècle d’Or (1657)

[56] CG Jung Mysterium conjunctionis vol.1, édit. Albin Michel 1980 p.79

[57] Op.cité p.161

[58] le pèlerin chérubinique, éditions du Cerf 1994 p.119

[59] Qui veut dire souffle du vent ou haleine (Gaffiot !) qui sont les termes mêmes du Livre de la Genèse (cf. ailleurs dans ce document)

[60] Françoise Bonardel Philosophie de l’Alchimie édit. PUF 1993 p.120

[61] CG Jung, Psychologie du transfert, édit. Albin Michel 1980 p.17

[62] CG Jung, Psychologie et alchimie édit Buchet/Chastel 1970 p.132

[63] Édit. La Fontaine de Pierre 1982 Notons la symbolique de l’aurore qui est le moment de rencontre entre le jour et la nuit, le moment « entre chien et loup », le moment de rencontre du Mystère et de l’homme.

[64] Cueilli chez Etienne Perrot, De Dieu aux dieux, édit. Jacqueline Renard 1990 p.180