12- Le statut de psychopraticien et le rêveur

 

 podcast: le statut du psychopraticien et le rêveur

 

Le statut

 

Le statut de psychopraticien n’est pas réglementé mais mérite une forte et longue expérience personnelle, et ce, pour être sensible à la très grande diversité des rêves qui se présentent à l’interprète et sa disponibilité pour qu’il n’y projette pas son Inconscient personnel, ses « humeurs », pourrait-on dire vulgairement.

Il n’est pas un médecin, n’établit pas de diagnostic, ne conseille ni ne juge aucun médicament. Il accompagne le travail de l’Inconscient qui est le seul thérapeute (le seul « serviteur » au sens grec de Philon d’Alexandrie) qui, à sa guise, transite ses messages à travers les rêves pour que la personne connaisse ce qui est prioritaire pour la réalisation de sa vie.

L’interprète de rêves exerce en libéral, et c’est pourquoi sous un régime d’auto-entreprise, il peut recevoir chèque ou espèces pour rémunération de son travail.

 

Le fond

Son intuition, sa sensibilité humaine, le sens de l’écoute sera la manifestation de la sagesse produite par son travail personnel conséquent. Cependant, l’écoute active du praticien est amplifiée par un substrat de connaissances exprimées par ceux qui l’ont précédé comme Carl Gustav Jung, Marie-Louise von Franz, Etienne Perrot, Edward Edinger, tous les alchimistes qui depuis l’Antiquité ont transmis une philosophie de la transformation comme l’expriment les sagesses du Yiking, les grands mythes, traditions religieuses et les divers symboles qui se perpétuent dans le temps.

 

Les grands « mots » utilisés par Jung comme …

- l’animus pour la femme qui est esprit guérisseur et de vérité

- l’anima pour l’homme qui est sensibilité et émotion à ses découvertes intérieures

- la persona, le masque que l’on se donne,

- la synchronicité comme un évènement extérieur qui répond à la question intérieure,

- l’ombre, qui fait que l’on crache (projette) cette ombre sur l’autre parce que l’on ne le voit qu’avec notre regard illusoire.

- l’individuation qui est plus un chemin qu’un but.

- le Soi. Comme le disait Jung, « seul le Soi voit le Soi », mais le psychopraticien mettra en évidence ses images qui seront un soutien pour le quotidien du rêveur. Certains en font même des mandalas !

- le moi dont les instincts qui gisent dans son Inconscient personnel doit montrer sa solidité pour aborder la traversée des mers mais en même temps l’abaissement du niveau mental comme une baisse de la garde du moi surpuissant.

- Les archétypes issu des mythes et des religions qui sont trouvés dans les rêves au XXIème siècle...

 

… tous ces mots sont des mots pour l’explication intellectuelle mais leur signifié reste un mouvement secret non nommé pendant le dialogue à trois entre le rêveur, le praticien et le rêve. Car entre le rêve et le rêveur, il y a urgence à résoudre des problèmes concrets qu’il est inutile de désigner ici mais qui sont déclinables de très diverses si ce n’est d’étonnantes façons par les rêveurs dans leur motivation à commencer le travail. Je ne peux que témoigner de la largeur de ces motivations qui vont de la simple curiosité à se connaitre mieux jusqu’à la résolution de scénarios familiaux ou personnels qui collent à la peau depuis quelquefois la petite enfance. L’interprète de rêves croisera les « fixités, fixations » du rêveur avec les armes données par les rêves pour les résoudre. Ces armes, le praticien les redonne au rêveur car celui-ci en a besoin pour trouver une évolution.

 

Ceci dit, il est bien fréquent de trouver dans le travail des rêves un bien plus grand que soi, une surprise, un kaïros auquel on ne s’attendait pas et qui se manifeste sans aucune volonté de part et d’autre. Afin de laisser cette porte ouverte à l’incommensurable, il n’est donc pas question de soumettre le rêve à une (encore) nouvelle grille de lecture psychologique, mais d’être invités par lui à un voyage hermétique entre le monde d’en haut et le monde des profondeurs développé par le rêve lui-même. Hermès volant les secrets aux dieux le redonnent aux hommes.

 

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Quant au rêveur, il sera attentif à trouver la meilleure manière d’écrire ses rêves, de les lire et de prendre des notes pendant la séance, une visio ou un téléphone. Il prendra garde ensuite à ne pas bavarder à l’emporte-pièces avec des amis sur ce qu’il a entendu pendant ces moments importants, de peur de laisser échapper le volatil, c’est-à-dire l’esprit du moment vécu à deux, esprit qui doit être conservé au cœur. Alchimiquement, il faut fixer le volatil lors de notre travail dans l’athanor. Que l’Esprit-de-vin ne s’échappe pas !

 

Quant au rêveur encore, il doit s’être assuré de sa détermination :

- Il sait souvent qu’il reçoit de nombreux rêves depuis longtemps et que donc l’Inconscient lui fait signe. Il faut donc lui obéir, ce qui sera sans doute le fond de la détermination du rêveur.

- Quelquefois, il s’agit au contraire d’un rêve récurrent depuis l’enfance qui ne veut pas lâcher-prise et qui reviendra toujours tant qu’il n’a pas été écouté. Là est une motivation forte. Mais il est nécessaire que le rêveur formule celle-ci pour assurer sa fidélité au travail.

- Et puis, il y a un mal-vivre chez des plus jeunes qui est si fort qu’ils ne savent pas quels rêves ils font tant le malaise est grand. Mais il nous suffit de deux rêves partiels pour tirer un fil rouge rejoignant le centre afin de transformer des malaises que la discrétion m’empêche de nommer ici, même à titre d’exemples.

Il sera agréable, avant un travail, d’avoir une belle conversation au téléphone entre l’interprète et le rêveur pour constater l’adhésion aux mêmes objectifs, ressentir chacun la perspective d’un climat de travail propice et peut-être esquisser quelques rêves qui auront motivé l’appel du rêveur. 

 

Si au détour de la conversation, il semble que le rêveur ait plus le désir de travailler avec une femme, c’est sans aucune hésitation et avec facilité que je ferai alors une proposition en ce sens.

 


                                          décembre 2022 Gaël de Kerret         gaeldekerret@gmail.com