5 - L’individuation

 

         Qu'est-ce que cette individuation? Jung propose dans ses premières années une définition qui n'a pas encore pris toute l'ampleur qu’elle aura plus tard: « J'emploie l'expression d'individuation pour désigner le processus par lequel un être devient un "in-dividu" psychologique, c'est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité. »[1]

         Le travail d’individuation est donc cette capacité donnée à chacun de traduire l'aspect du Tout qu'il est de part sa vocation humaine. Comment cela? Par l'exercice d'une quête solitaire apparentée à un processus de petites morts successives, chacun acceptant de se confronter au « déraisonnable » en lui. Pour ma part, je reconnaitrai là tant les surprises que j’ai pu vivre parce qu’imposées par le destin onirique que les temps de compagnonnage passés avec un rêveur qui peuvent aller jusqu’à une grande émotion commune.  

    Quand le rêve qui est un message direct de l’inconscient arrive à notre mémoire matinale, les images produites deviennent symboles par l’interprétation qu’on en fait, symboles qui eux-mêmes sont amplifiés par le travail car ils décrivent en potentialité cette totalité de l'homme. Cette totalité est l’unification d’une conscience qui prend conscience de ce qui se vivait à l’intérieur et qu’elle ne savait pas. Les alchimistes l’ont nommé la pierre, ou Jung par ailleurs le Soi. Le Soi veut se manifester à notre conscience sur ces deux plans. Il veut se faire connaître.

         Avec ce type de rêves qui sortent de chacun et que Jung rassembla à son époque, il affina plus tard sa définition de l’individuation : « il s'agit de la réalisation de son Soi dans ce qu'il a de plus personnel et de plus rebelle à toute comparaison... Mais je constate continuellement que le processus d'individuation est confondu avec la prise de conscience du moi et que par conséquent celui-ci est identifié au Soi, d'où il résulte une désespérante confusion de concepts. Or, le Soi comprend infiniment plus qu'un simple moi (…) L'individuation n'exclut pas l'univers, elle l'inclut »[2]. Cette citation demande la réunion de ce qui est épars en nous : le Soi est donc un concept limite qui regroupe le conscient et l'inconscient, autre nom du visible et de l’invisible, de la lune et du soleil, du ciel et de la terre, ou les 2 serpents qui se regardent dans le caducée d’Hermès ou la quadrature du cercle. Tout cela dit exactement la même chose. Surabondamment, le sel alchimique qui est à la fois la rencontre d'un acide et d'une base est la matière double pour nous signifier que l’âme aussi est double car interface entre la matière et l’Esprit. L’âme connaît la totalité de l’Univers et c’est pourquoi Jésus a dit à ses disciples « vous êtes le sel de la terre »[3].

 

Ci-dessous : la libre circulation tournante entre le corps, l’âme et l’Esprit trouve leur centre commun que l’on nomme le Soi.

Soi,Jung,imaginationactive,rêveeveillé,dictionnairerêves


 Pour lire le chapitre suivant de cet opuscule de Gaël de Kerret, suivez le lien :

 6 - Le retrait de projection : de l'indifférenciation à la différenciation

 


[1] Ma vie, édit. Folio ou La guérison psychologique, édit. Georg

[2] Les racines de la conscience, édit. Buchet/Chastel

[3] évangile de Mathieu chap. 5 v. 13