2 - L’humilité est la méthode de travail

vonFranz,montagne,initiatique,prophétique,signification des rêves         L’interprète est soumis au rêve, il lui obéit, il le respecte[1]. Il ne peut donc y avoir une lecture intellectuelle ou conceptuelle qui torde les rêves car les images qu’ils produisent ont de multiples sens qu’aucun livre ne peut enfermer.

         Du côté du rêveur, il suffit d’un cahier sur sa table de nuit pour qu’il soit prêt au plus vite à écrire son rêve. L’inconscient sera heureux de se savoir écouté et il ouvrira plus facilement son tabernacle, sa boîte à Idée. Certes on trouve quelquefois qu’un rêve est incompréhensible et on hésite à l’écrire. Mais c’est sans doute une démarche volontaire de l’inconscient pour nous faire plus travailler, pour nous approcher davantage de la matière du rêve, tant l’interprète que le rêveur.

         On voit donc qu’il y a un ternaire dans l’exploration des rêves de la nuit : le rêveur et l’interprète que représentent les deux angles bas d’un triangle, et puis le rêve, message venant d’Hermès, le messager des dieux, qui est entre les deux protagonistes. Est-il à l’angle d’en haut ? L’angle d’en bas ? Qu’importe ! C’est peut-être la même chose...

         Ce tiers inclus, l’interprète y est soumis, soumis au texte du rêve dont il fera l’exégèse mot à mot s’il le faut. Au début, du fait des diverses projections et croyances qu'il peut y faire, il ne vaut mieux pas que le rêveur analyse son rêve de lui-même à cause du danger d’être « juge et partie ». C’est un moment de solve alchimique pour lui. Puis au fur et à mesure de l’approfondissement, un dialogue pourra s’installer autour de ce qu’il associe à telle personne ou objet du rêve[2] qui l’aideront dans ses rapports à son entourage non pas tant un ajustement comportemental que par la découverte d’un sens de vie recherché quelquefois depuis fort longtemps et qui alors change ce dit rapport à l'entourage. Plus difficilement, il s’agira d’exercer un renoncement : en effet, dans cette union alchimique entre le conscient et ce qui nous est inconscient, « l’amour est d’abord un combat sanglant » comme l’écrit Étienne Perrot[3].

         C’est comme une taille de pierre par le ciseau. Ce travail est semblable à la réponse de Michel-Ange à qui on demande comment il fait pour faire de si belles statues avec son marbre : « Je retire ce qu’il y a en trop. »  Ce n’est pas facile et c’est pourquoi il vaut mieux faire ce compagnonnage. Nous sommes autorisés à faire entendre notre petite musique de nuit que mon enthousiasme et ma bienveillance seront heureux de mettre à jour.

         C’est pourquoi, je le répète, à peine de rater le coche, l'interprète doit faire le raccord à l'inconscient dans le respect absolu de la matière du rêve pour voir les forces en présence qui indiquent un sens de vie auquel on ne pourra se soustraire à terme. L'interprète en sera le simple témoin car le thérapeute est l'inconscient lui-même.

         Bien sûr, la lenteur du travail onirique ne doit pas étonner car il est question :

1) d’une compréhension de ce qui nous est profondément important que le rêve révèle.

2) du réajustement du rêveur, ce que l’on appelle un « retrait de projection » la projection étant accuser l’autre de ce qui est son propre scénario.

3) d’un moi trop superficiel et brillant – que l’on nomme la persona – tellement brillant qu’il ne connaît pas son ombre. Rappelons-nous : plus il y a de soleil, plus il y a d’ombre.

4) de fonctions internes qui sont dites inférieures. Par exemple, réintroduire la fonction « sentiment » chez quelqu’un chez qui la fonction « pensée » est trop majoritaire.

5) de l’abord de domaines de soi complètement inconnus – dieu ou diable qu’importe –, à la manière des voix entendues de loin sur une ile inconnue dans The tempest de Shakespeare.

         

Pour lire le chapitre suivant de cet opuscule de Gaël de Kerret, suivez le lien :

3 - Donnons quelques moyens de lecture d’un rêve 



[1] Mot qui veut dire voir la chose dans le miroir, la prendre en considération

[2] ... qui quelquefois m’ont profondément étonné mais ont été des clefs pour l’avenir du rêveur.

[3] Consolation d’Isaïe, édit La Fontaine de Pierre 1982 p.168