10 - De la solitude à la Solitude

Osons ouvrir le bal avec les paroles du philosophe Abdennour Bidar qui partageait dans le quotidien Le Monde du 27/10/2015  sa conviction : « Donner à chaque être humain les moyens de cultiver sa propre part d'infini : tel est aujourd'hui ce qu'aucune de nos civilisations ne sait plus prendre en charge mais qu'elle laisse à l'abandon, livrant les uns à une terrible solitude dans leur quête, et tous à une inculture spirituelle qui expose les plus fragiles... » Oui l'homme crie misère qui porte continument son téléphone mobile à la main. Quelle crainte l'habite? Bien sûr,  depuis le XVIIIème siècle des Lumières, on lui dit qu'il est un individu qui doit dominer le monde et se construire seul. On voit dans quel état écologique et ontologique on se trouve maintenant.

Il est évident que l'homme contemporain n'a plus accès à son droit spirituel  qui se décline en immanence et transcendance. La sociologue Nicole Aubert (le culte de l'urgence, édit. Flammarion 2003) constate l'émergence actuelle de « l'homme-instant», hyperactif de l'immédiat et qui de ce fait, s'éloigne du temps cosmique.

Au lieu d'être mangé par le dieu Chronos, le rêveur, lui, pourra atteindre le temps cosmique, autrement dit l'Aïon, autre dieu grec du temps,  par l'événement du rêve intérieur qui change la manière de voir le temps (rupture symbolisée par le dieu grec du temps Kairos) et le fait accéder au temps éternel Aïon dont Richard Wagner dit dans son opéra Parsifal : « Je marche à peine et suis déjà au loin. »  Pour Héraclite, Aïon est l'enfant qui joue aux osselets : il a envie de jouer éternellement, il n'est plus dans Chronos.

Un rêveur en prend son parti et décide : « Dans un domaine arboré, je passe devant une salle où un groupe est réuni autour de B. D. Je les connais mais me dirige vers la sortie de ce domaine arboré par un chemin en pente. A l'extérieur des murs du domaine il y a une cabine téléphonique avec le même B.D. qui est en train de téléphoner. »

Ce B. D. est chargé positivement car situé dans un domaine arboré. Quand on laisse à l'imagination active  toutes les significations des arbres dans un rêve, on peut penser qu'il est à un bon endroit, mais le fait d'être en groupe est préjudiciable à la vie profonde. Avons-nous remarqué que plus on est nombreux dans un groupe, plus il y est dit des choses superficielles ou du moins qui conviennent au collectif! Le rêveur s'en va donc et B. D. a précédé l'intuition du rêveur car, pour appeler « l'ailleurs », il ne peut être que seul dans une cabine! Communication personnelle donc puisqu'il téléphone. Cette solitude est donc une bonne solitude car c'est elle qui fait le contact vertical comme l'élancement des arbres alors qu'un groupe est horizontal photographiquement. Le chemin en pente étant une indication de cette autre manière de faire. 

 Le rêve nous accompagne dans ces sentiers peu battus de l'individuation, avec le joli risque non pas tant de perdre notre identité, mais de n'être « pas comme avant ». On s'allège de vieilles pensées, signifiant sans doute « l'abaissement du niveau mental » jungien (selon la formule à l'origine de Pierre Janet) pour être un canal disponible au « nouveau » qui advient.

Ce qui vient d'être dit pourrait être une approche de la transcendance dont je parlais plus haut, c'est-à-dire ce qui traverse le conscient et l’inconscient pour un renouveau.  Évidemment nos rêves sont traversés par l'archétype, « l'homme vieux de deux millions d'années ». Cet homme-là est mon Hermès, mon compagnon de route. Non, nous ne sommes pas seuls. Et nos rêves nous disent cet amour du vieil homme « de deux millions d'années » qui nous dit : « Oh rêveur! Parle de moi ».

         Les rêves traversent notre psychisme et nous disent alors l'amour dont nous sommes irradiés: « J'arrive à la porte d'entrée d'un château. Je suis accompagnée de mon mari et de trois musiciens qui forment un groupe de tango : deux hommes habillés en noir et rouge, une femme habillée couleur dorée avec des motifs étoilés. Juste avant de franchir la porte en bois peinte en rouge, je dois enjamber un gros excrément étalé sur le pavé de la rue. Une fois à l'intérieur de la propriété, je découvre d'autres personnes qui apparemment sont là pour participer à un stage ou un festival. Les participants et moi sommes habillés en couleurs rouge, noir et blanc. Nous devons nous immerger dans un bassin feng-shui dont l'eau transparente parcourt un labyrinthe qui nous conduit à l'entrée d'une grande place ronde. La place est bordée de magnifiques arbres dont le feuillage vert-violet est chargé de stalactites. Le trio des musiciens tango nous y accueille. Je sors de l'eau, marche vers le centre de la place et y découvre un grand panneau sur lequel il est marqué ... "Bienvenue, A....! »

Voilà où nous a conduit la solitude de la cabine téléphonique. Une Rencontre au bout d'un travail clairement établi étape après étape par le rêve.

 

Hermétique,nuit,lumière,mystique,démarche,irrationnel

La Joconde qui est en train de nous dire :
regardez derrière moi le mystère de l'origine du monde...

 






Pour lire le chapitre suivant de cet opuscule de Gaël de Kerret, suivez le lien :