1- L'interprétation des rêves ?

 

         Qu'est-ce que l'interprétation des rêves? Nous tous avons des rêves. Et nous pouvons facilement constater que les rêves ont de nombreuses manières de procéder en utilisant divers « matériaux » : des paysages, des moyens de transport, des situations familiales, des rencontres spéciales avec des amis passés ou présents, des situations spectaculaires etc. Et tous ces rêves ont un cheminement caché quelque part pour la rectification du rêveur : « Un rêve est une grâce » écrit Carl-Gustav Jung. Celui qui se fait interpréter les rêves peut s'attendre à des surprises de tous ordres d'autant que l'espace-temps n'est pas le problème des songes. Et l’interprète se doit de trouver dans l’étrangeté d’un rêve, une réorientation de la vie du rêveur qui ne dépend pas de son opinion propre ou de son savoir notionnel. Mes amis, voilà pourquoi les rêves se travaillent.

         Dans le respect absolu de la matière du rêve, l'interprète fera le raccord à l'inconscient pour voir les forces en présence qui indiquent un sens de vie auquel on ne pourra se soustraire à terme. L'interprète en serait le simple témoin quand le principal thérapeute est l'inconscient lui-même. L'interprète amplifiera si nécessaire les données eu égard à des évènements synchronistiques[1], à des associations spontanées, à des modèles alchimiques, à des contextes familiaux comme à des images mystiques qui passent les siècles que le rêve restituerait.

 Le rêve est la matière première de l’individuation. Qu’est-ce?

            « Il s'agit de la réalisation de son Soi dans ce qu'il a de plus personnel et de plus rebelle à toute comparaison. On pourrait donc traduire le mot d'individuation par "réalisation de son Soi"(…) Mais je constate continuellement que le processus d'individuation est confondu avec la prise de conscience du moi et que par conséquent celui-ci est identifié au Soi, d'où il résulte une désespérante confusion de concepts. Or, le Soi comprend infiniment plus qu'un simple moi (…) L'individuation n'exclut pas l'univers, elle l'inclut »[2]. Cette citation demande la réunion de ce qui est épars : le Soi est donc un concept limite qui regroupe le conscient et l'inconscient qui lui-même est divisé en inconscient personnel et inconscient collectif. Quand le conscient est confronté à ces inconscients, les symboles produits décrivent le Soi et donc la totalité de l'homme. Il est l'expérience de la Totalité par une conscience agrandie. Étienne Perrot précise : « L'individuation est la capacité donnée à chacun de traduire l'aspect du Tout qu'il est dans sa vocation, et de révéler une idée divine qu'il est seul à pouvoir réaliser »[3].  Ce Soi est symbolisé par l'Enfant divin : « Il s'agit d'une naissance divine qui réalise (…) l'essence d'un processus d'individuation »[4].


         Le Soi intervient dans le processus d'individuation en tant que moteur et en tant que but. Comment cela? Par l'exercice d'une quête solitaire apparentée à un processus de petites morts successives, chacun acceptant de se confronter au déraisonnable en lui, c’est-à-dire les rêves comme "voie royale" de l'inconscient.

         Toutefois, dire que la totalité de ce message jungien ait été accueilli est aller vite en besogne. Et certains sont heureux d'en rester à des catégories classiques s'en servant comme d'un jugement personnel envers autrui. Après avoir digéré le "premier" Jung, Etienne Perrot nous a aidé à en comprendre le second : c'est en effet les yeux grand ouverts que Jung découvrit au fur et à mesure dans ses rêves et ceux de ses patients des symboles, manifestation d'un Réel voilé émis dans un langage a-normal que toutes les catégories anthropologiques ne pouvaient intégrer. Ce second Jung que nous a transmis heureusement Étienne Perrot a découvert que ces archétypes préexistaient à notre conscience, produisant des images numineuses étonnantes appelant notre conscience à les étudier.

 

Pour lire le chapitre suivant de cet opuscule de Gaël de Kerret, suivez le lien :

 2 - L’humilité est la méthode de travail 

 


[1] Des évènements de la réalité qui correspondent par hasard au questionnement du rêveur et y répondent.

[2] Les racines de la conscience, édit. Buchet/Chastel

[3] La Voie de la transformation, édit. La Fontaine de Pierre

[4] Carl-Gustav Jung : Le livre de Job, édit. Buchet/Chastel

[5] Michael Maier, l’Atalante fugitive, (traduction E.Perrot) édit. Dervy 1997 p.193